17 septembre 2006

Kipling,Vuitton, Opinel et cité de vie

Tout a commencé par Kipling, le vendeur de sacs, pas l’écrivain. Quoique ? Un sac finalement on le rempli avec ce que l’on veut. Et dans les sacs Kipling , on peut très bien y ranger l’Impérialisme, la colonisation et même son contraire qu’est la délocalisation mondialiste. On regarde ces petits sacs colorés en buvant du champagne rue Saint Honoré, en se disant qu’on ira peut être un jour travailler en Roumanie pour gagner sa croûte lyophilisée...

The white man burden
! Comme disait Rudyard Kipling. Et croyez moi, ça commence à faire lourd à porter, sans compter qu’en 68 ils nous ont foutus des pavés dans la besace pendant qu’ils se votaient des augmentations de salaire, tout en édulcorant leur vie avec le sel du pouvoir jusqu’à plus soif. Et si on commençait à vider notre sac, pour le remplir avec quelques doublons de l’île de la Tortue, une fiasque de rhum, un recueil de Rimbaud, et ces longs couteaux que les Espagnols appelaient des « miséricordes ». En attendant, ce n’est pas le bruit du ressac qu’on entend, mais le mix des Putafranges. J’aperçois, dans le reflet du miroir, la silhouette pensive et éthérée d’une Dijette. La vérité enfonce toutes les portes, même celle des marchands de sacs et dans l’angle obtus de l’open bar on peut apercevoir la saudade. Ce soir je suis très « Salgariste », un petit côté Sandokan et frère de la côte. Ça doit être l’association d’idées : mise à sac, par exemple. Mais ou sont nos cités de vie, nos Carthagènes des Indes à piller et nos Fiume illuminées ?

Rendez vous avec des gentilshommes de fortune dans une petite auberge sarde, dans l’arrière salle, celle des pirates et des cartes au trésor. Il y a aussi des vieux cartons et des énormes rouleaux de papier cul. On propose une expédition en Carélie, chez les surréalistes belges ou la fête de la bière de Munich ? En esthètes trempés dans du houblon, nous levons bien haut l’étendard de la Bavière et de Louis II.











Virée chez les contrebandiers de Moonfleet, dans la taverne, un boucanier au ventre énorme, et au
crâne chauve s’avance hébétée en faisant des Euh Euh. Il a reçus une drisse sur le crâne et est tombé dans un tonneau de rhum. Il ne s’en est jamais remis. Je m’éloigne prudemment de cet iceberg a la dérive. Je retrouve enfin le Capitaine, vétéran de Bosnie et du Rwanda, lui aussi, portefaix de la civilisation et spectateur dégoûté de la lâcheté des puissants. The white man burden ! Comme disait Rudyard Kipling. Au bar, un Américain à Paris, qui n’a rien d’un Gene Kelly, expose son corps gonflé à l’hormone bushienne.














Les nuits se suivent et ne se ressemblent pas. Course de scooters dans Paris, à griller les feux comme des cigarettes, et à sentir l’imbécile vent de la vitesse. C’est la nuit de Lord Valentin, on jongle avec les verres, en construisant des petites tours. Etait-ce le 11 septembre ?













Direction Vuitton, Poliakov a sortit son pied de poule. C’est son côté vaudou. Il égorge un gallinacé et il montre patte blanche à la portière. The Saint, très certainement...












La veuve Cliquot nous reçoit comme au One Two Two. On croise le musicien Sadok Musak, qui vient nous serrer la pogne. Il ne reste pas longtemps. « J’ai du sérieux à faire ce soir » Nous n’en saurons pas plus. Un orage explose sur Paris. Comme deux gros nuages lourds nous nous approchons d'une Munichoise pour lui parler de la fête de la bière . N’oubliez pas que nous sommes chez Vuitton.



-Alors comme ça vous êtes de Munich

-Oui je travaille tralallala

Poliakov Intervient.

-Munich ! fête de la bière

La drôlesse blonde écarquille les yeux .

-Nous comptons nous rendre à la fête de la bière, dis-je.

-Vous savez, il y a d’autres choses à voir a Munich

-Moi, j’aimerais bien voir l’inspecteur Derrick.

Ma parole, mais Poliakov enfonce le clou. Je me dis qu’il va falloir monter en puissance.

-C’est l’exotisme qui nous plaît, la tradition germanique de boire de la bière en chantant. Se taper sur les cuisses.

-Vous savez, il y a un million de buveurs à la Oktober fest, mais les Bavarois, ne vont JAMAIS à la fête de la bière.

( pensées immédiates...) : "C’est ça ma poule, tu nous prends pour des cons. Tu ne le sais pas, mais nous connaissons Ludwig II, le roi fou trahit par ses chers Bavarois...Alors continues à nous raconter des fadaises..."

-Les hommes avec des gros ventres et des shorts en cuir, ils ne sont pas Bavarois ?

-Non, ce sont des touristes.

Elle change subitement de sujet. Au dehors une pluie battante tombe sur les champs.

-Vous savez comment je peux trouver un taxi ?

-C’est même pas la peine d’y penser vous attendrez une heure sous la pluie en pure perte.

Mon accent de vérité prolétarienne la pétrifie.

-Comment dois-je faire ?

Cette fois on va la clouer au mur.

-Tu prends le métro.

Je crois qu’elle aurait été moins choquée si je lui avais proposé un Gang Bang à Montargis !

Voici notre Munichoise, citoyenne d’un pays d’esthètes buveurs de cognac, ou les hommes jouent du Schubert pendant que des hordes de touristes dégénérés, boivent et pissent sous de grosses tentes.

Elégamment, elle nous dit qu’elle doit partir. A peine à-t-elle tourné les talons, qu’elle glisse et se vautre sur le sol. La voila étalée de tout son long comme une serpillère en Prada.

-Mais c’est la fête de la bière, me dit Poliakov en éclatant de rire.

Un petit sourire spartakiste ne fait de mal à personne.

En tout cas, on ne prend pas le métro. Ah Non ! C’est course de vélocipèdes dans paris ce soir, passant à bride abattue devant place Bauveau en direction d’une langue de boeuf. Un homme dors du sommeil du juste encadré dans une fenêtre. Poésie urbaine au clair de lampadaire.






















Que serait le monde sans la culture ? Expo à la Glass Box. Minimaliste. Verre en plastoc.Wiskicoca. Il y a des Opinels, et un show inopiné pour un erotica.com ... Ah ! Que serait le monde sans l’érotisme et l’Opinel ? Les deux mamelles de la culture française : la délicatesse du libertin et la rude technologie du paysan auvergnat. Guido Keller désigne cette antinomie sous l’alliance du Lotus rouge et du Lotus marron. On jugera sur pièces de l’alliance de la chair lascive et d’une lame rugueuse glissée entre les cuisses.

C’est un signe de l’utopique cité de vie. Et même dans une Glass Box, le reflet déformé de la dernière vallée s’immisce dans les détails. Quand le cri de la vérité est lancé, il n’y a plus de doute.


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