03 janvier 2007

Soirée Paris Première : le champagne, le proxénète et le Gotha...















Voilà, tout se mélange... déjà. A laisser filer l’année 2006, j’ai laissé en plan mon post report de la soirée Paris Première. C’était la der des ders de l’année, et je m’en suis foutu comme d’une guigne. C’est incroyable comme il ne reste rien après quelques semaines d’oubli et de foie gras. Je me souviens seulement d’être rentré à la manière d’un chameau dans le châ d’une aiguille. J’ai aussi le vague souvenir d’avoir croisé un Beigbedder barbu avec Lolita Pile, d’avoir bu moult Veuve cliquot Poncardin et de m’être fini à la vodka cranberry à la manière d’un viking ( les cranberries viennent du Massachussetts, les Vikings les ont confondus avec du raisin : Vinland-Amérique). Eine Grosse veve ! comme disent les Allemands, le lendemain on regrette sa vie de patachon et on maudit l’alcool.

D’ailleurs, après coup, ça ne m’arrange pas d’avoir bu de la Veuve Cliquot...

Je sais que ça ne va pas plaire aux sponsors, mais qu’importe, effacez tout et lisez « Pommery ». Ce petit mensonge m’arrange, il faut donc lire « j’ai bu du Pommery ». C’est par pur opportunisme que je mens car, à la manière d’un Guillaume Tell nanochevik, j’ai une flèche du Parthe à tirer dans la Pomme(ry). C’est bien beau d’être le champagne des Grands et des Puissants, mais l’histoire à des petits retournements de vestes qui n’échappent pas à un nanochévik de base. D’ailleurs, l’histoire ne servirait à rien s’il ne nous était pas possible de nous en servir comme d’un gourdin.

Tout d’abord mes excuses les plus plates, pardon ! Les plus pétillantes, à la Veuve Cliquot. En réalité j’ai une petite excuse : il s’agit aussi d’une histoire de veuve... Mais celle là est la veuve Pommery qui en 1866 associa son fils et sa fille la marquise de Polignac et le gérant Henry Vasnier. Que du beau monde ! sachez que dans le monde de la hyper hype, les Polignac sont apparentés aux Grimaldi. Mais reprenons le fil de nos mauvaises pensées... La maison s’appelle désormais 'Veuve Pommery, Fils et Cie' . On nage ici en plein matriarcat à faire mouiller Virginie Despentes. Le monde du champagne à un côté poilant de vieilles dentelles, et de veuves éplorées. Au masculin ça ne marche pas : « Veuf Ranx, Fils et Cie » qui serait capable de boire une telle piquette ? Pas moi ! Entre temps, j’ai fait un name dropping de circonstance en lâchant le nom d’Henri Vasnier, le monsieur Nobody du champagne. Le monsieur à un boulevard dans la ville de Reims, et ce n’est pas rien d’avoir ses initiales dans le ville la plus riche de France... Ce n’est pas tout, Henry Vasnier légua a sa mort en 1907 un ensemble exceptionnel et inédit de 362 peintures, dessins, pastels, aquarelles, gravures et estampes, 35 sculptures, 175 objets d'art ainsi que 7 meubles. Petite précision Henry Vasnier, sorti de nulle part, était un pur crevard de son temps devenu un des hommes les plus riche d’Europe et un ami du musicien Debussy. L’homme commença petit en qualité de représentant intéressé à la Maison Pommery, et outre ses appointements, il touche une commission sur les bénéfices. C’est grâce à ses voyages en Angleterre et aux USA qu’il développe de nouveaux marchés pour l’invention de Dom Perignon. On le voit traverser l’Amérique en diligence, ouvrir des bureaux à New York et San Francisco et fréquenter assidûment les saloons de l’ouest.

J’en allais presque oublier que j’étais sous le Pont Alexandre III, à observer d’un oeil torve l’idéologie de la régulation sexuelle. Ça doit être sous l’effet de la vodka cranberry car je me souviens sans fausses notes d’un Philosophe américain James P. Carse qui affirmait fort à propos qu’une « société montre sa maîtrise dans la régulation de la sexualité non quand elle fixe des normes sans ambiguïté de comportements sexuel ou des attitudes prescrites devant les émotions sexuelles, mais quand elle institutionalise l’exhibition des emblèmes des conquêtes sexuelles. Ces institutions peuvent être aussi diverses que la règle de brûler vives des veuves sur le bûcher funéraire de leurs maris ou l’exigence de présence bien visible de l’épouse à la cérémonie d’ouverture du mandat d’un élu. La sexualité finie est une sorte de théâtre ou la distance entre les personnes est régulièrement réduite à zéro, mais ou plus aucun ne touche l’autre. ( in Jeux finis, jeux infinis, le pari métaphysique du joueur, 1986).



Tout ça me permet de sauter sur le trait d’union en affirmant que si nous ne brulons pas les veuves en France, on en fait éventuellement des marques de champagne... Et puis inutile de polémiquer sur ces showcases ou tout le
monde se frotte sans jamais se toucher. Je n’oublie pas mon cher Henry Vasnier au passage qui avait trois passions : la chasse, les œuvres d’art, et les femmes... Ainsi en 1890 il loue un hôtel particulier boulevard Lundy où il fait aménager une importante galerie de peintures. L’hôtel particulier de monsieur Vasnier devient un salon très particulier, dont les murs étaient véritablement « tapissés » de tableaux et les canapés de velours rouge, agrémentés des plus belles prostituées et demi-mondaines de France. Ce vieux célibataire libertin collectionnait les femmes en chair et en portraits. Henry Vasnier aime les femmes à la peau laiteuse et aux formes généreuses. Aujourd’hui, sur internet, on dirait qu’il aime les BBW. Elles ont le plus souvent le regard vague de l’onaniste exhibitionniste, une sensualité de lupanar décadent, et un charme désuet et nostalgique. parmi ces portraits citons “La lecture du rôle » de Renoir, « L' espiègle » de Charles Chaplin, ou encore « Liseuse » d' Antoine Calbet.



Mais la passion d’Henry Vasnier allait encore plus loin. Nostalgique des saloons et bordels d’Amérique, il achète vers 1900, plusieurs hectares de terre sur un plateau désertique de Picardie, à 30 kilomètres à l’ouest de Reims près du village de Craonne. Il s’empresse de faire planter de la vigne sur les coteaux exposés afin d’agrandir le domaine Pommery et fait construire un Zoo, un parc de plantes américaines et un gigantesque saloon ainsi qu’un hôtel : c’est « la Californie ». Des dizaines de prostituées viennent occuper « la maison de plaisance » d’Henry Vasnier » et c’est toute la haute société rémoise et les grands vignerons, qui viennent s’encanailler, habillés en cowboys, sur ce qu’on appelle « le plateau de Californie ».


Ainsi, l’homme qui a fait la fortune de la maison Pommery, celui qui a fait découvrir le champagne au monde, et qui a fréquenté les nobles maisons d’Europe et plus particulièrement les Polignac et la Maison de Monaco, était vraiment, ce qu’on peut aujourd’hui désigner comme un libertin, un mélomane, un collectionneur et un « proxénète » .

Ainsi, aux racines de la hype et du Gotha international, n’oublions pas qu’il y avait les petites putes de la Californie... Si vous rencontrez un Polignac, racontez lui l’histoire...ça ne le fera pas rire...Mais pas du tout. (Pour l’anecdote, les Grimaldi ont un château pas loin... à Marchais, le château des ducs de Guise et des Princes de Condé, et ils ne s’habillent plus en cowboys...)

Inutile de dire que je suis sorti de la soirée Paris Première avec un fou rire.

Un fantôme en habit de chasse, à l’allure de Burt Lancaster dans le Guépard de Visconti est passé devant moi au bras d’une pute en dentelles...

- Qui est-ce ?

-Henry Vasnier, ce crevard...

5 commentaires:

rémois a dit…

Non mais ! vous compter saper les bases de la culture française avec votre "gourdin historique" sur la tête de Pommery ? Un peu plus de délicatesse s'il vous plaît. Ce n'est pas bien de toucher a la mémoire de monsieur Henry Vasnier... Même si c'est vrai ce que vous dîtes, il vaut mieux laisser ça dans l'ombre. c'est du passé

Maquero-chevik a dit…

Comment faire simple quand on peut faire compliqué ? Monsieur, vous abaissez la jet-set, alors que ce soir-là, il y eut tant de name-dropping à exalter, quand vous osez extrapoler sur des péripatéticiennes pseudo-mondaines dont nous n'avons que foutre. Ca serait bien dommage si, par ailleurs, vous daigniez écrire dans un magazine "people". Je m'embrouille, je m'en fouille. A tel fornicateur : salut !

Ranx a dit…

Hum, je cois que le destin de la jet set est toujours d'atterrir ou de s'écraser. On ne reste pas impunément dans les hauteurs élyséennes. C'est la loi de Newton sur l'attraction universelle. C'est la même chose pour le name dropping, qui comme son nom l'indique prend la même direction que les fientes d'oiseaux.

Anonyme a dit…

Comme la plupart d'entre nous, Henri Vasnier laisse après sa mort de belles réalisations(brillant industriel et généreux mécéne en particulier) et d'autres moins étimables. Mais son bilan est fabuleusement plus positif que celui de ceux qui ne laisseront rien que de vaines critiques sans aucune réalisation... Ils sont peut etre d'ailleurs déjà morts!

Anonyme a dit…

Je suis un arrière petit-neveu de Madame Louise Pommery(la belle fille du fondateur) descendant de Monsieur Eugène Mercier(autre Champagne equivalent par la taille) et je ne crois pas du tout que cela apporte quelque chose. Surtout que les Pommery étaient très moralistes et soucieux de leur image et très attachés aux valeurs de la Réublique. Cette famille a d'ailleurs dans un premier temps refusé toute alliance avec les familles de l'ancien régime.