25 avril 2007

Daniele Tedeschi, photographe poète à la Galerie Plume

Pour le dernier vernissage, à saute moutons dans le Marais, la muse vénale m’attire dans les jupons de la galerie Plume. Là bas, officie et expose une figure de la nuit parisienne, Daniele Tedeschi, mi poulbot à l’ancienne, mi dandy à la coiffure digne de la description d’un légionnaire de Fiume par un voyageur anglais en 1919 (...) D’autres s’étaient laissé pousser d’énormes touffes de cheveux, longue d’un demi pied, qui ondoyaient le long de leur front(...). Daniele Tedeschi est donc un poète bohème à l’accent latin, un bock de bière à la main, un appareil photo dans l’autre. Paris, la ville lumière, celle des aubes difficile et du spleen des dimanches matins. Paris donc, devient un sentier de paillettes vers les ors des Bains Douches. Cette ancienne boîte de nuit à la mode, est aujourd’hui le repaire, sinon la maison du jeudi pour le poète. C’est là qu’il relance les passions oubliées à grands coups de spleen, et le marcheur bohème dessine inlassablement dans les rues de Paname un étrange labyrinthe ou il dépose ses cailloux blancs des contes de Grimm, ses petits cartels spleeniques attirant la jeunesse perdue vers les nuits ou l’on oublie le vendredi. C’est peut être aux cours de ses pérégrinations d’oiseau de passage que Daniele Tedeschi découvre ces endroits secrets, vieilles bâtisses abandonnées, et ruines étranges ou l’on croit entendre la musique d’Erich Zhann, cette terrifiante nouvelle de Lovecraft... Daniele Tedeschi est-il un amateur du reclus de Providence ? Quelques indices laissent supposer une véritable cohabitation avec la surnature : Un goût pour les bâtisses aux angles impossibles, des ruines industrielles qui laissent transparaître une réalité cyclopéenne, et des silhouettes féminines hiératiques, nues ou demi-nues, à moins que ce ne soit l’ombre de la lune qui les habille d’un frac de vampire. Les femmes de Daniele Tedeschi ressemblent à des cariatides, mais de celles qui vivent dans les jungles et les cités perdues. Ces femmes n’ont rien de la douceur alanguie des peintres impressionnistes, elles sont au contraire toujours prête à bondir ou à s’évanouir dans la perspective infinie. L’univers autour de ces prédatrices au désir d’appétence, semble apparemment figé, mais ce n’est qu’un trompe l’œil utile à une étrange chasse (à l'homme ?). Le photographe, à la fois reporter de guerre et entomologiste, traduit à chaque fois l’incertitude de la pénultième photo. La dernière, la photo impossible donc, étant ce tournoiement futuriste d’un tigre ou d’une balle perdue fracassant l’objectif. Mais Daniele Tedeschi est toujours à la limite des terres interdites, de ces Tchernobyl de l’art. On retrouve dans cette tension, ce razor edge, la vocation pré-expressionniste d’un Odilon Redon, mais cela n’aurait aucun intérêt si dans le détail d’une poutre dessinant un horizon géométrique nous ne retrouvions, soudain, les compositions non objectives du constructivisme russe. Daniele Tedeschi pousse ainsi la subtilité jusqu’à faire pencher le cadre, rétablissant artificiellement une angulation. Vieilles demeures passéistes et angles surnaturels ou constructivistes, femmes fatales, prédatrices ou dames blanches éthérées, les photos de Daniele Tedeschi, traduisent une intuition suprématiste, mais dans le sens ou l’envisageait Boris Vian lorsqu’il affirmait « Soyez un spécialiste de tout. L’avenir est à Pic de la Mirandole. Mirandolez(...) ». Et puis par un détour incertain, comme une filiation forcément subjective, je retrouve dans les intérieurs baroques des photogrammes de Daniele Tedeschi, cette étrange mélancolie des saloons de Sergio Leone, ces intérieurs lourds pesant de bois noir et d’ombres, qui contrastent soudain avec les lignes épurées des plaines écrasées par le soleil. C’est cette double ambigüité qui caractérise les œuvres de Daniele Tedeschi, cette impulsion à contrario impossible entre un passé nostalgique, détruit, mais survivant malgré tout dans les ruines de la saudade, et une impulsion vitale ou les corps semblent attendre l'envol hors des frontières de la réalité.

Galerie Plume
48 rue de Montmorency 75003


23 avril 2007

Perspective in Flight Archives : "Le monoplan du pape"- F.T Marinetti: extrait d'une poésie icarienne






















Le roman-poème du futuriste Marinetti influença l'aviateur poète Guido Keller. Illustré par la peinture "aeroplan" de Malevitch, voici un court extrait de cet évangile révolutionnaire à l'esprit " éternellement estudiantin" qui regarde vers les étoiles... Il s'agit de la synthèse futuriste d'un aviateur qui kidnappe le Pape afin de le jeter dans la mer Adriatique... Un monoplan, un aviateur fou, et un Pape en robe blanche qui chute de plus de 1000 mètre vers le bleu de l'océan... Quelle belle image !

"Je sens ma poitrine s'ovrir comme un grand trou
où tout l'azur du ciel, lisse, frais et torrentiel
s'engouffre avec délice.
Je suis une fenêtre ouverte, éprise de soleil
Et qui s'envole vers lui !
Qui donc peut arrêter encore
les fenêtres affamées de nuages
et les balcons soûls
qui s'arrachent ce soir aux vieux murs des maisons

pour bondir dans l'espace ,"

(Le monoplan du pape)


21 avril 2007

Sergueï Aleksandrovitch Essenine, le Jacques Rigaut soviétique...













Sergueï Aleksandrovitch Essenine, poète soviétique lyrique et provocateur, à la croisée d'un Rimbaud ou d'un Jacques Rigaut, s’est pendu désespéré, le 28 décembre 1925 dans sa chambre, à l’hôtel d’Angleterre’ à Leningrad. Il avait 30 ans... Et une vie de fêtes, de débauche et d'alcool, qu'il traînait derrière lui comme une une corde de pendu.

Serge Essenine -Extrait de La Confession d’un voyou


J'ai quitté mes steppes natales ;

C'est fini, fini sans retour,

Les feuilles des grands tilleuls pâles

Ne tinteront plus sur mes jours.

Oui, la maison sans moi se tasse,

Depuis longtemps, mon vieux chien dort ;

Dans les rues de Moscou, la mort,

Je le sais, me suit à la trace.

J'aime cette ville pourtant,

Si décrépite, s'embourbant,

Ville où l'antique Asie somnole

Comme étalée sur ses coupoles.

Quand le croissant me paraît trop

Lumineux, et qu'il m'ensorcelle,

Mes pas s'en vont vers mon bistrot

Toujours par la même ruelle.

Dans ce repaire, quel fracas !

Je bois, la nuit, dans les buées,

Avec des bandits la vodka,

Lis mes vers aux prostituées.

Mon coeur bat fort, mon mal s'aggrave...

M'oubliant, je dis pour finir :

"Comme vous, je suis une épave,

Sur mes pas pourquoi revenir !"

Oui, la maison sans moi se tasse,

Depuis longtemps mon vieux chien dort ;

Dans les rues de Moscou, la mort,

Je le sais, me suit à la trace...

(traduit du russe par Katia Granoff)

lissitzky : graphiste révolutionnaire chez les soviets













Lazar Markovich Lissitzky (1890-1941) (Лазарь Маркович Лисицкий), ou Lissitsky dit El Lissitzky (Эль Лисицкий), créateur du Groupe G qui assure le trait d'union primordial entre l'abstraction révolutionnaire soviétique et les recherches artistiques de l’avant-garde berlinoise. Il se rallie au mouvements Bauhaus et de De Stijl en 1923. Il est le créateur du « premier drapeau soviétique ».


13 avril 2007

"Raison Basse" -collectif- Caméras animales 2007

« Raison Basse » comme l’indique la quatrième de couverture est un syntexte, c’est à dire une solution concentrée de textes et de pensées tout azimut. C’est un livre que l’on ouvre au hasard, par une sorte de divination taoïste. La numérotation parait en outre bien peu adaptée à ce vortex d’écriture subjective. La lecture peut en être difficile, ardue, énigmatique, énervante ou passionnante. Un peu à la manière des points vitaux de la médecine asiatique, chaque texte englobe toutes ces définitions suivant l’heure et le moment. C’est un livre qu’on ouvre donc par curiosité, et par désir de bourlinguer entre les 30 auteurs inclassables, venus des amas gazeux du net et des écritures déviantes. C’est aussi un livre que l’on referme souvent, puis on y revient, attiré par une forme de surnature qui émerge de cette raison basse lycanthrope. Nous avons affaire à un objet littéraire élitiste, et ce mot doit être compris en opposition avec les rayons des supermarchés. Raison basse avance en tapinois, rampe dans le réseau de fil de fer, tente d’éviter les mines. Dans ce no man’s land des écritures déviantes, inutile de chercher une direction entre le lettrisme, la net écriture, et les classiques. J’apparais en outre dans cette dernière catégorie, gémellaire du dictionnaire avec une petite pointe d’humour nanochévien. Raison basse n’est pas un livre hiérarchisé et policé, c’est au contraire une association de malfaiteurs, dans le sens de ces grandes compagnies de routiers du moyen âge qui s’aggloméraient par opportunité. C’est ce qui se rapproche le plus d’une île de la Tortue littéraire, d’une Arcadie de Frankenstein entre surmâles et suffragettes, lycanthropes et cybersdogs.

"Raison Basse" -collectif- Caméras animales 2007


07 avril 2007

Oltretorrente et les âmes brûlées

















Ce livre de Pino Cacucci raconte la résistance de la ville de Parme en 1922 contre les 20 000 fascistes commandés par l’incompétent Roberto Farinacci puis le flamboyant Italo Balbo. Malgré les ordres de Mussolini, les escouades (squadre) fascistes se cassèrent les reins sur les barricades de la rue Oltretorrente défendue par les arditi del popolo, ces troupes de chocs issues des compagnies hardies, ou compagnies de la mort de la première guerre mondiale. Le livre nous fait redécouvrir ces héros oubliés comme Guido Picelli, ou Antonio Cieri, et tous ces anonymes qui osèrent porter un terrible camouflet au fascisme : sa première défaite. Ces arditi del popolo continueront leur combat en Espagne dans les brigades internationales de la colonne Lénine du POUM.

Zone grise de l’histoire, reléguée dans les terres de l’oubli, la résistance de Parme peut aujourd’hui être considéré comme le premier combat de la seconde guerre mondiale...
Là ou des Etats, des gouvernements et des hommes politiques se sont fourvoyés dans un imbécile pacifisme neutraliste face aux fascismes européens, des hommes seuls armés de grenades, de poignards et de pistolets, ont ouvert la voie désespérée vers une victoire future. Pino Cacucci cite le poète Essenine à propos des défenseurs de Parme « Avec l'ardeur on brûle la vie plus rapidement, mais c'est pour resplendir plus intensément. ». On pense alors au Feu Follet de Drieu la Rochelle, à ces hommes jeunes de l’entre deux guerre qui ont brûlés leurs vies tels des papillons s’approchant trop près de la flamme de l’existence. Et ce feu follet, n’est en fin de compte que l’embrasement de l’âme à l’ultime instant. Mais est-ce vraiment la fin quand la lumière de ces âmes brûlées, depuis les nuits de Fiume, les barricades de Parme, les cafés de Paris, ceux de Moscou ou de Madrid, nous parviennent encore comme la lumière des étoiles disparues ?


Oltretorrente - Pino Cacucci-Christian Bourgois Editeur (2005)



06 avril 2007

Nose Dive On The City



















Nose Dive On The City- Tulio Crali (1939)


Tulio Crali, mort en 2000, fut certainement le dernier grand peintre futuriste. On retrouve dans sa peinture les concepts de Fedele Azari dans "Perspective in Flight". Ce tableau peint en 1939 sera une source d'inspiration pour de nombreux artistes américains du Pop Art. Mais la technique de déstructuration du cockpit, sa disparition fusion au sein des grattes-ciel, ne sera jamais égalée.


02 avril 2007

Jean-Pierre Valette, Guido Keller et l'aéro-futurisme

















Belle tête chauve de futuriste ou constructiviste russe à la Rodchenko, Jean-Pierre Valette travaille sur le concept de « l’aérien ». Il réalise ainsi, ou disons plutôt, il rêve ses sculptures au gré de ses dérives entre la Science Fiction et le futurisme. Ses étranges constructions organiques de fer et de plâtre semblent issues d’une vie stratosphérique planant dans les océans gazeux de Jupiter. Jean-Pierre Valette doit avoir lu ses grands classiques de la S-F avec Sylverberg, P.K Dick et Franck Herbert, en s’essayant ainsi à la tentative d’émanticipation (entre anticipation et émancipation...) Il s’agit bien sûr d’un envol encore timide, mais qui détermine à la manière des premiers aéronautes, un désir de s’élancer vers le bleu du ciel, échappant aux monades urbaines et rêvant au plus oultre.

On voit ainsi chez Jean-Pierre Valette, une volonté de revenir aux premières expérimentations des futuristes avec l’avènement de l’aero-futurisme à la fin des années 1920. Mais cette tentative icarienne de l’art avait été abandonnée pour des considérations plus terriennes. L’art revenait sur terre. Seul en son temps le poète pilote Guido Keller avec l’association artistique du Futurblocco et le futuriste Azari, avait imaginé « la conquête du ciel » un spectacle-sculpture dynamique avec plus de 500 aéroplanes produisant leur propre musique avec leurs moteurs. Dans les années 1925, en phase avec les idées de Keller, le compositeur américain « bad boy of music » George Antheil composera son « ballet mécanique »(message to Mars) en utilisant des moteurs d’avions. Dans sa dernière tentative icarienne, Marinetti fait paraître le manifeste de l’aero-peinture futuriste en 1929, ou il s’agit de d’exalter « l’immense drame visuel et sensoriel du vol ». Mais tout ceci malgré les belles envolées poétiques, ne resta qu’une mise à plat picturale de la sensation, là ou Guido Keller rêvait de sculpter le ciel. Mais Keller était par définition un artiste sans œuvre, puisque toute construction imaginaire devait se délier et se déliter dans l’espace et ne jamais laisser de trace, car la vie ou plutôt le concept de « cité de vie » et celle du bal des ardents, était l’Art, cet espace, cette cathédrale en mouvement ou l’homme ivre qui tournoie sur une piste de danse, s’élève et va cogner sa tête de fer contre les mille points de lumière de la voûte du ciel.

L’utopie futuriste, emportée par les compromissions politique set l’abandon du modèle révolutionnaire, fit de l’aéro-peinture, une singulière étape, un sursaut vite étouffé, au sein d’un mouvement moribond. On se demande si le Guernica de Picasso ne fut pas le coup de grâce porté à l’aéro-peinture, mais aussi ce qui est plus grave, la négation de l’aéro-futurisme de Keller, et l’impossibilité après Picasso, de projeter l’art vers les étoiles...

L’art moderne s’est depuis longtemps ritualisé dans une conception terrienne et chtonienne qui conduit de Picasso jusqu’aux « émasculations artistiques » des actionnistes viennois. Pourtant, entre temps, quelques singuliers artistes ne suivront pas la voie Appia tracée par le génial peintre espagnol, et nous voyons Yves Klein qui se réapproprie le bleu du ciel de Bataille mais aussi l’idée d’un saut mystique dans le vide. Alors que l’artiste aviateur Joseph Beus, véritable épigone de l’idée kellerienne du rire et de l’envol, ouvre une porte, qui sera vite refermée par l’art contemporain. On lui préféra un art moins joyeux, plus galeriste, plus matérialiste avec le pop art, l’art vidéo et tous ses avatars ne s’élevant jamais au delà des pâquerettes. L’art contemporain, englué dans l’humus, est ainsi devenu une serre bourgeoise et réactionnaire, ou poussent de jolies orchidées industrielles, aussi obscènes que des bouquets de fleurs sous cellophane vendus en dollars.

Nous voudrions dès lors voir s’élever sous les volutes de fer et de verre des Grands Palais, des œuvres volantes, aériennes, papillonnant, et délivrant l’homme de la malédiction des bunkers et de l’attraction terrestre. Un art qui s’élève parmi les rêves de pierre des cathédrales, victoires de Samothrace volantes ou Jocondes gonflées à l’hélium, explosant dans la noosphère ou allant se perdre dans l’immensité du cosmos.






















perspective in flight - Fedele Azari-1926



Voir l'expo de Jean-Pierre Valette :

Galerie Artcore / Johan Tamer-Morael
40 rue de Richelieu
75001 Paris
T +33 1 47 03 09 60
E contact@artcore.fr
Jean Pierre vallette du 29 Mars au 27 Avril

29 mars 2007

Photos 10 ans de Colette à la Scala

Quelques moments de grâce dans un océan de platitudes. Quelques regards furtifs, la caresse d'un flash, et le temps infime suspendu aux lèvres de belles inconnues, de ces passantes qui passent comme nous passons...






23 mars 2007

Vendôme, Techniboat et Colette

















La galerie du 22 place Vendôme a un petit côté loft berlinois chic. On passe rapide devant les photos Indiana Jones de Chayan K. Paysages à la Lost et inspirés par les « 9 inconnus » de Talbot Mundi ou les mines du roi Salomon revues par Photoshop. Le genre à s’arracher dans les boites de nuits de Singapour. Les tableaux de Neila Serano ont un petit côté Egon Schiele revival, avec une pointe acérée et des poses lascives et des petits commentaires poilants. Le champagne est bon et la compagnie variée. Un vieil écrivain vénézuélien me propose même de venir chez lui boire du champagne avenue Foch. Je décline aimablement l’invitation... C’est fou l’hospitalité des cocktails mondains ?

Rien de tel qu’une petite croisière sur la Seine. Le Techniboat nous attend quai Henri IV. Un grand yacht éclairé comme un sapin de noël rose et bleu. Ambiance foire du trône avec ses fontaines de chocolat fondant, ses barbes à papa, ses gaufres et autres glaces et bonbons à l’ancienne. Ah ! Ces lèvres goulues qui se tendent et ces doigts pourléchés, sans oublier le glissement huileux et noir du cacao sur un rouge à lèvre carmin. Et vogue le navire dans les frimas dignes d’un fiord norvégien. Le Capitaine est un vieux loup de mer et il pousse l’expédition jusqu’à Meudon, sans doute inconscient de la cargaison de pochtrons et de pochtronnes qu’il transporte en sus des passagers clandestins. Patrick Eudeline fait parti du lot, lui qui s’arrache la glotte dans un rock n roll déchainé en fond de cale. Sommes-nous dans le golfe des peines. Déjà beurrés, déjà verts à force de laper de l’alcool de genièvre, et de tournoyer de babord à tribord et d’avant en arrière à la recherche de Moby Dick. La Seine est une clepsydre... Oh Temps suspend ton vol ! Le capitaine Achab s’écroule devant nous après avoir envoyé un « mordeur » au tapis : L’homme s’envole comme une mouette et contrôle à la perfection son coefficient de pénétration dans l’air. Il semble posséder un gyroscope dans le bras droit, celui qui tient le verre à gnôle. Il retombe en déposant ses vertèbres une à une sur la moquette. Le verre reste à la verticale, pas une goutte ne manque, du grand art. Mais comme l’homme est poilu comme un loup garou et qu’il veut nous mordre nous nous dispersons dans la nature. Nous tombons sur la compagnie du bon goût alors que nous avons une haleine de bouc écossais. Une grosse Ferrari rouge nous attend sur le quai mais ce n’est malheureusement pas pour nous.

Colette a 10 ans mais "émancipée comme une salope de 21 ans" ( voir commentaire...), et telle une midinette elle va à la Scala. C’est un peu comme revenir sur le lieu de ses premières érections que de pénétrer cette grosse boite à meufs ! ça coince aux entournures mais à force de pousser dans la bonne direction comme une phalange d’hoplites, ça passe. On accumule les verres comme des mules, prévoyants Touaregs que nous sommes et la tribu s’éclate en mille morceaux. Je trinque avec Franck Knight et je croise Xavier de Moulin qui se fraie un passage avec son brise glace numérique- « J’ai perdu les stop talking, lui dis-je, je crois bien qu’ils ont arrêté de parler cette nuit ! Le flash lumineux de la caméra m’éblouit – « Moi aussi ! me répond l’homme à la caméra de Paris Dernière. ça c'est du réalisme soviétique ! Après les choses deviennent moins clair, c’est l’errance un verre à la main dans de multiples univers sonores : la boite à rap, le dance floor techno, le coin gay, les escaliers, bar VIP et la boite Rock n roll ou les stop talking retrouvés roulent leur bosse. On se dit que tout ça ne sert plus à rien, et on se gerbe, cul sec, dans les rues mornes d’un Paris matinal ou pas un chat ne bronche.

17 mars 2007

La pyscho-analyse révolutionnaire du Docteur Gross


Voici le Docteur Otto Gross, disciple de Freud et Carl G. Jung, qui passa la frontière de l'hérésie en s'éloignant des conceptions "bourgeoises" de ses maîtres. Otto Gross considérait que la psycho-analyse avait une vocation révolutionnaire, et qu'elle devait servir à libérer l'homme et la femme de leurs compulsions face à la société. Il préconisait le retour des pulsions et de l'érotisme dans une perspective anarchiste. Il influença l'anarchisme allemand mais aussi le groupe Dada de Berlin par l'intermédiaire de son disciple Franz Jung. Son emprisonnement en 1913 déclencha une "cause célèbre" en mobilisant de nombreux artistes européens comme Blaise Cendrars. Le personnage de Moravagine de Cendrars est d'ailleurs librement inspiré de la vie d'Otto Gross. Les idées de Gross influencèrent aussi l'écrivain anglais D.H Lawrence par l'intermédiaire de son épouse Frida von Richtofen ( ancienne amante d'Otto Gross.)
En proie à une dépendance à la drogue, le Docteur Gross mourru d'une overdose en 1920.

06 mars 2007

Francesco Barraca et Guido Keller

" Ferrari, peignez le cheval de mon fils sur votre voiture, il vous portera chance. " C’est la mère du Vicomte Francesco Barraca qui suggera cet emblème au jeune Enzo Ferrari qui venait de gagner sur le circuit de Savio à Ravenne en 1923. C’était ce petit cheval cabré qui était peint sur l’avion de chasse de Francesco Barraca, l’as de la chasse italienne qui fut tué au combat en 1918, dans des conditions similaires à celles du Baron Rouge, dont la fin fut racontée par Hugo Pratt dans l'album Corto Maltese, les Celtiques. L’un des membres de son unité, entièrement composée d’as, était Guido Keller dont la spécialité était d’organiser des duels « courtois » avec les aviateurs autrichiens. Il créa aussi « la confrérie des cheveux coupés » dont les impétrants devaient se couper les cheveux en altitude. L’avion de Keller était en outre équipé d’un service à thé et il n’était pas rare qu’il le pilota en pyjama accompagné de son aigle apprivoisé. Son caractère chevaleresque fit que seulement 3 victoires lui furent octroyées bien qu’il eut vaincu un nombre considérable de pilotes autrichiens sans les abattre. Devenu le « chef des opérations spéciales » du poète-soldat Gabriele D’Annunzio en 1919, il organisa les dernières grandes opérations de piraterie en Europe ainsi que de nombreux coups de mains, tels que le détournement de trains, ou l’enlèvement d’un général italien qui fût ensuite « invité » à dîner avec tous les honneurs. Ses expéditions aériennes furent dès lors de véritables opérations futuristes dadaistes. Un jour, se prenant d’amitié pour un jeune âne, il se posa dans le pré, attacha l’animal dans sa carlingue, et redécolla avec son nouveau compagnon...













Guido Keller


03 mars 2007

Le ténia des lazes est de retour !

Cette photo résume toute l’horreur de notre époque. L’homme est en pleine page d’un numéro du Figaro Magazine. Le paysage est celui d’un désert californien. Un sentiment d’obscénité m’étreint. Cette photo me dégoute, je veux détourner la tête, mais il est trop tard. L’homme est vêtu d’une combinaison blanche immaculée de peintre en bâtiment, il écarte les jambes, les pieds chaussés de Rangers militaires, poussant son bassin vers l’avant afin que le spectateur pose son regard vers sa braguette à la boursoufflure évidente. Il a les bras sur les hanches dans la position du dominant qui vous toise avec le mépris du surhomme. Je repense alors au poème de Paul Celan dont la lecture me tire encore les larmes. « Lait noir de l’aube, nous te buvons... ». Face à cette image du « maitre » hier comme aujourd’hui ... Les lunettes noires énormes, la chevelure blonde longue et frisée vient ajouter un mauvais goût kitch à cette vision d’horreur. La combinaison est ouverte sur un torse bronzé et puissant acquis sur des machines à fonte. L’homme revient 30 ans après. Ce n’est ni un Papillon ni un communard exilé à l’île du diable. Non « ce maître venu d’Amérique » est un petit chanteur de variété. Un faiseur patenté des années 1970. Il ne revient pas avec la hargne et le désespoir d’un Dreyfus, d’un Bakounine ou d’une Louise Michel. Il revient avec la morgue d’un nouveau riche faisant construire une hacienda mexicaine dans son village du Morbihan. « Je suis légion » dit-il, car « je suis partout ». Vous le verrez dans des clips publicitaires arborant un marcel, des biceps ostensibles et un énorme téléphone phallique. Vous lirez ces dépêches pré mâchées dans tous les quotidiens et journaux. Les ondes radiophoniques passant de l’anneau de Moebius à celui de Goebbels, chanteront le messie de la variété. Des journalistes crieront au génie, au retour de l’enfant prodigue. Les Femmes s’arracheront les ovaires sur son passage, les hommes s’émasculeront en l’honneur du demi-dieu. Il revient, et il veut de la chair, du sang et de l’argent. Il veut les royalties des 30 ans d’impatience, des 30 ans de mépris envers ces hommes et ces femmes. Il veut le fruit du malheur, prendre sa part des trente piteuses. Vous n’échapperez pas à son emprise, les étals des librairies arborent déjà des dizaines de livres à sa gloire. Vous achèterez le disque. Vous verrez le film. Un ventre énorme vous digère mais le ver solitaire, le ténia des lazes, veut sa ration de sang, de hype et d’honneurs. « Lait noir de l’aube, nous te buvons... ».

21 février 2007

20 ans de "Metro" : Faut-il interdire la presse gratuite en France ?

Le quotidien gratuit « Metro » vient de fêter ses 20 ans d’existence sur la terrasse du restaurant George du centre Beaubourg. Le vilain petit canard de la presse est aujourd’hui devenu une puissance médiatique et financière. Aujourd’hui le ton, le style « genre », la hype même, veut que l’on s’expose avec Métro. La journaliste Christine Ockrent n’hésite pas et bien d’autres encore... Et on entend comme un murmure, un voix d’outre tombe qui souffle à nos oreille cette monstrueuse prophétie ; « Il n’en restera qu’un ! »

20 ans ! Est-ce 20 ans de trop ? Faudra-t-il y ajouter 20 minutes de plus...

« Faut-il interdire la presse gratuite en France ? » C’est la question légitime que tout citoyen doit se poser, et peser le pour et le contre. Nous savons ainsi que les gratuits ont provoqué la disparition de nombreux magazines et qu’aujourd’hui une partie de la presse quotidienne est en grande difficulté. Pourtant, théoriquement et juridiquement la « gratuité » est une forme de « Dumping extrême » formellement interdite par les règles du marché, autant dire par le capitalisme... Vendre un produit à perte afin de détruire la concurrence est puni par la loi. Il est cependant de notoriété publique que les grands groupes ne respectent les règles du capitalisme quand cela les arrange. La forme la plus efficace de la subversion révolutionnaire est donc aujourd’hui, non pas de critiquer le capitalisme, mais au contraire d’obliger les « puissants » à en respecter les règles. Je me situe en ce sens dans la droite ligne des dissidents tchèques de la charte 77, qui ne critiquaient pas le système socialiste, mais qui lui rappelait sans cesse, que celui ci devait respecter sa propre juridiction ainsi que les traités sur les Droits de l’homme, signés en grande pompe par ses dirigeants. Cette problématique dont Vasclav Havel fut le Porte parole, est encore d’actualité avec le capitalisme. Imaginons un instant qu’un constructeur étranger décide d’inonder le marché français de voitures gratuites couvertes de publicité, avec l’objectif évident de détruire à court terme toute l’industrie automobile française, provoquant la fermeture d’usines et la faillite de centaines de sous traitants. Il est évident qu’il s’agit de ce que l’on peut appeler du « terrorisme économique » provoquant la précarité de centaines de milliers de familles. Et le terrorisme est aussi inacceptable qu’il soit économique, que politique ou religieux. On peut aussi remarquer que le terrorisme économique du dumping est bien plus destructeur que la plupart des attentats classiques...

Le problème de l’interdiction est un problème moral. Est-il légitime d’interdire ? Si nous prenons le problème sous l’angle de la liberté individuelle l’interdiction est au cœur de nos vies. Ainsi nous nous interdisons de manger de la nourriture avariée, d’avaler des champignons vénéneux, de caresser des crotales, ou des traverser les autoroutes les yeux bandés, et de fréquenter des cons... L’homme libre s’interdit des actions qui mettent en péril sa vie, celles de ses proches et de la communauté dans laquelle il vit. Considérant que notre culture est une donnée importante de notre survie, il est évident que nous protégeons l’environnement dans lequel nous vivons et que nous verrions d’un mauvais œil la destruction de nos villes anciennes aux profits de centres commerciaux ou de monades urbaines. La presse française fait partie de notre culture, et nous pouvons remonter jusqu’au Mercure de France, aux écrits des encyclopédistes, aux gazettes de la révolution en passant par l’Aurore de l’affaire Dreyfus et les presses clandestines de la résistance française. Si les gratuits menacent l’équilibre de notre tissu médiatique nous devons appliquer les lois qui protègent la liberté du commerce, de la même manière que nous les appliquons pour tout autre bien de consommation.

Encore une fois il ne s’agit nullement du contenu de ces « gratuits », et le fait qu’il s’agisse d’une information anémiée à base de dépêches n’a aucune importance. Qu’un gratuit soit composé des textes des plus grands philosophes ne le met pas hors du domaine de l’interdiction.

Ce qui pose problème ce n’est pas la gratuité en soi, mais l’utilisation de la publicité pour financer la gratuité.

Un gratuit sans publicité devrait donc être autorisé puisqu’il s’agit d’un geste altruiste et limité qui ne met en danger aucun secteur. (puisqu'à la différence des "automobiles" etc. Il s'agit de liberté d'expression...)

La loi devrait ainsi déterminer qu’un quotidien, magazine, etc. faisant appel à la publicité, ne devrait jamais être vendu en dessous de son seuil de rentabilité.

De même que les autorités interdisent les liquides transportés par les simples citoyens dans les avions, une société moderne et démocratique devrait interdire à certains groupes de presse d’éditer des « gratuits ». Simple application des mesures et des lois antiterroristes...

Et l’interdiction des gratuits doit être rapide. Nous t’attendrons pas 20 ans de plus et ne fêterons donc pas de 21e anniversaire.

Le chevalier de la Barre fut le dernier homme exécuté en France pour blasphème. Espérons que ce chevalier ne devienne pas le pénultième à cause de moi !

J'ai encore à l'oreille les paroles que prononça "Personne" à Jacques Beauregard " Tu te retrouve seul, seul face à cent cinquante !"

IN FERRO VERITAS


18 février 2007

Artemus Dada a dit...

Cette réponse d'Artemus Dada dans les commentaires mérite d'être exposée au grand jour. L'auteur, fort à propos, vient rappeler qu'il existe toujours une possibilité ou des espaces à explorer même au voisinage de ces fameuses " niches" littéraires...J'ai eu en outre le plaisir d'y découvrir le nom de l'écrivain Xavier Maumejean (voir photo) holmésien émérite que j'ai fréquenté jadis jusque dans sa ville de Douai. J'y était venu en chapeau haut de forme et costume victorien.
Merci à Artemus Dada.

Sur l’idée de niche, je ne suis pas entièrement d’accord, je pense qu’il reste toujours une place, un espace voire un interstice à explorer où à combler.

L’exemple du « Da Vinci Code » est assez représentatif.

Sur une idée somme toute plaisante mais guère originale, c’est un roman qui m’a particulièrement déçu et là je ne parle pas en terme de style mais du point de vue de l’intrigue. L’auteur se moque du lecteur en utilisant non pas des ficelles mais des cordes pour ficeler sont histoire, les incohérences pullulent, ce n’est pas crédible, et je ne parle pas de vraisemblance.
Le résultat de la « révélation » est un pétard mouillé.
Alors d’accord ce livre a bénéficié d’un bourdonnement phénoménal, rapidement remplacé par un vacarme assourdissant, le tout relayé par un plan publicitaire sans précédent (c’est une figure de style).
Le pompon est certainement que ce livre, dans son préambule, soit présenté comme le résultat d’une enquête.

Poubelle.
Néanmoins, je pense qu’il est encore possible d’écrire un « bon » roman ésotérique. J’entends bon dans le sens, bien ficelé, agréable à lire.

D’un point de vue plus général, je vais prendre un autre exemple (certes, c’est chafouin d’utiliser quelques exemples afin d’illustrer une généralité).

L’exploration de la fiction dans une fiction et la mise en scène de personnages de romans.

« A House of Boat on the Styx…” de John Kendrick Bangs. Cet auteur, grâce à un procédé que je ne développerai pas ici, met en scène plusieurs personnages de roman mais aussi ressortant du mythe ou de la réalité [Captain Kidd, monsieur Le Coq, Shakespeare…] et, il leur fait vivre de nouvelles aventures.
John Myers Myers dans « Silverlock » et sa suite utilise un procédé différent, tout en utilisant le même matériau.
Dans la Forêt des Mythimages, Robert HOLDSTOCK, explore lui aussi les mythes et les personnages de fiction mais avec une autre approche.
PJ Farmer l’a également fait avec beaucoup de brio et de truculence.
Plus proche de nous dans le temps, Jasper Fforde avec les aventures de son héroïne Thursday Next chasse sur le même territoire mais sans copier ses prédécesseurs.
Alan Moore avec Tom Strong , Promethea, la Ligue des Gentlemen Extraordinaires explore avec beaucoup de talent et le monde des idées (son Ideaspace) et de fait, la culture populaire, mais aussi la magie.
Bill Willigham avec ses deux séries, « Fable » et « Jack of Fable » ne fait pas autre chose…. Mais autrement.


En France Xavier Mauméjean (Photo) et Johan Heliot agissent de même chacun à leur manière.

Dans tout les cas que je cite, le terreau est le même mais la façon de l’aborder, de le sculpter est différente. Preuve s’il en est, qu’il est possible d’explorer des niches où d’illustres prédécesseurs ont déjà posé le pied. Ceci dit sans augurer d’un quelconque talent à celui qui déciderait de s’y aventurer.
Néanmoins si la démarche est faite avec sérieux et élégance il doit être possible d’être un suiveur honnête.
Surtout pour un débutant.
Imiter, s’inspirer sans plagier avant de découvrir et de suivre sa propre Voie en quelque sorte.

Après ce long pensum, félicitations pour tes réflexions qui donnent à réfléchir. C’est très intéressant et foutrement enrichissant.

Merci et bravo.

Artemus Dada

PS : Imaginer une nouveau type de roman est en tout cas très stimulant.

Verbatim #1












Les bouteilles de côtes de Bourg s’enchaînent comme un tir de A10 sur des blindés anglais (blue on blue). Mais bon, notre cockpit ressemble plus à une taverne de la renaissance avec des tapisseries des Gobelins attaquées par le tabac et les termites. A quelques encablures temporelles on pourrait y croiser Marlow, Cyrano, Lulli, Monsieur Poquelin et même Ravaillac. C’est un peu pareil aujourd’hui, sans les rapières et les dagues- quel dommage !-
Je me transforme en chroniqueur improvisé. Eau forte prise sur le vif en fonction vidéo. A défaut d’exploiter un film brouillé, je retraduis verbatim, comme un espion de l’ex RDA. Voici donc l’exposé Romain Gary fait par L. à 3 heure du matin :

« Romain Gary c’est tout dans le rapport des hommes et des femmes. Il a une langue, un français que personne n’est plus capable de parler comme lui. Et ça c’est triste... Non je ne suis pas réactionnaire ! Mais quand tu entends parler Romain Gary, tu te dis que ce mec il a tout fait, et voilà et c’est un bonheur d’écouter Romain Gary parler, parce qu’il va tout t’expliquer. Tout quoi ! Non ce n’est pas réactionnaire ! Il ne parle même pas de mai 68, il parle de tout et de rien, des femmes... En plein mai 68, la libération sexuelle, il y a des mecs qui sont en train de lui dire » Alors vous, votre réputation, vous êtes quand même quelqu’un qui est très libertaire dans votre façon de vivre. En tant qu’écrivain votre vie elle à quand même... « Le mec il est là, et il dit mais attends « qu’est ce que tu me raconte ? » C’est Bernard Pivot et l’autre Jacques Chancel... Tout ça pour dire que Romain Gary c’est un mec extraordinaire ! Au delà de cette limite votre tiket n’est plus valable, il a écrit ça, et il y a ces espèces de traînes savates parisiens de la littérature qui viennent le faire chier. Qu’ils crèvent en enfer ! »

11 février 2007

Cabinet d'écriture curieuse # 3













La metastructure narrative


Je viens de boucler le quatrième « chapitre » de mon projet de roman, ce qui équivaut à 12 779 mots... Il me reste donc encore deux chapitres pour achever la première partie du roman.

Chaque « chapitre » répond à une contrainte narrative inspirée des règles de la biomécanique de Meyerhold. C’est Eisenstein qui avait théorisé ces conceptions en les adaptant au montage cinématographique du cinéma soviétique. Je n’ai aucune information sur l’utilisation antérieure de ce procédé dans le cadre du roman... Quoiqu’il en soit, j’ai adapté ces « règles » à mes propres conceptions romanesques. Il faut dire que suite à l’assassinat de Meyerhold par Staline (voir photo de l'arrestation) et à la difficulté d’avoir accès aux premiers textes théoriques d’Eisenstein pendant plus de 60 ans, la biomécanique de Meyerhold a disparue du champ de la culture occidentale. Ce n’est qu’à la fin des années 1990, par l’intermédiaire de l’universitaire américain Mel Gordon, que la biomécanique à été « redécouverte ».

La biomécanique se veut comme une science du mouvement qui trouve son application dans le jeu de l’acteur, sa manière de se mouvoir, mais aussi dans un cadre plus général, dans l’élaboration d’un langage moderne qui trouve son aboutissement chez Eisenstein

Le mouvement Biomécanique est divisé en 6 phases

1- Le recul : Lors de la préparation d’un mvt dans une direction, le mvt est fait dans un sens inverse. Il s’agit d’une loi fondamentale de la biomécanique.

2- La suspension : un mouvement léger, une vibration survenant à la fin du recul.

3- La fixation : un arrêt imperceptible à la fin de la suspension

4- Micro recul : un mvt inverse réduit dans le temps et l’espace

5- Action : c’est le mouvement libre en tant que tel, résultat des phases antérieures.

Cette « metastructure » doit cependant être suffisamment invisible pour ne pas alourdir la lecture. C’est bien sûr un point de vue subjectif, puisque je considère que de nombreuses expérimentations du « nouveau roman » étaient illisibles. Le seul exemple de réussite est « la vie mode d’emploi » de Georges Perec qui reste encore aujourd’hui la « bible » d’écrivains comme William Gibson ou Chuck Palaniuk , mais aussi de M.G Dantec ( il ne le crie pas sur les toits...), qui utilise la structure des sephirots de la Kabbale chrétienne pour structurer ses récits, avec un échec patent de « Villa Vortex » et une belle réussite de « Cosmos inc. »

Inventer ses propres structures narratives est ce que Henry James appelait « la motif dans le tapis ». C’est la condition élémentaire de tout roman qui tente d’inventer la littérature. Il faut cependant reconnaitre que 95% des romans publiés en France n’ont aucun « motif dans le tapis ». Il s’agit pour la plupart du temps, d’un simple assemblage de phrases, d’une conception accumulatrice de mots qui fabriquent des « pâtés », ou, dans le meilleur des cas, une virtuosité technique de l’impromptu.

Malheureusement, il est bien évident qu’aucune structure narrative complexe n’est le Saint Graal permettant de réaliser un bon roman... Il faut juste explorer la mer ténébreuse en espérant tomber un jour sur le vent Paraclet de la littérature ...

09 février 2007

Cabinet d'écriture curieuse # 2














C’est vrai, à notre époque tout le monde écrit. Même la pire racaille est un écrivain en puissance avec les SMS : « Ya des CRS dans ta rue ? ».

Désolé de le dire, mais c’est un vrai début de roman ça ! Bon , la plupart du temps ce roman en « puissance » part en couilles. Mais est-ce si grave ? Vaut-il mieux écrire un bon début qu’un infâme brouet sur 200 pages ?

Petit test : vous préférez quel début ?

« Orange, dans ton jardin des Souvenirs, je n’y étais pas. Et pourtant, ton nom gicle comme le fruit acide qui fait saliver, excite les papilles, énerve par sa trop grande saveur. » ( Le miroir sans tain- Michelle Meyer-1991)

Maintenant passons à Eijii Yoshikawa dans « La pierre et le sabre » (1935)

Takezo gisait au milieu des cadavres. Il y en avait des milliers.

A partir de ces deux « débuts », lequel vous donne vraiment envie de continuer ?

C’est très certainement « la pierre et le sabre » j’imagine... Et je dois vous dire que vous ne serez pas déçus avec des phrases comme « Le sabre perça l’air avec le bruit sec d’une corde d’arc, et un cri foudroyant remplit l’espace vide... »

Par contre, si vous préférez le premier « début », je balance pour les amateurs :

« Je suis seule dans mon tête à tête avec toi qui ne peut plus être un face à face. »

Ecrire une phrase pareille sur mon blog me demande un effort surhumain. Ça me rend malade. Vraiment ! ( pas que cette littérature soit "mauvaise", mais plutôt urticante ... c'est-à-dire psycho-élitiste...)

Bon, je vais me calmer avec un peu de gin, et je reviens.

Ça va mieux.

Tout le problème est de savoir si on écrit un roman par le début ?

Personnellement je préfère la méthode « deleuzienne » qui veut que tout pousse par le milieu. Cette technique permet des inventions narratives complexes, ce qui n’est pas le cas de la méthode chronologique.

Comme je le disais plus haut, tout le monde est écrivain ou comme le dit Technikart « « écrivant ». Donc si tout le monde écrit, le problème de l’écrivain ne se résume pas à l’action d’écrire...

Le problème fondamental de l’écrivain consiste donc à trouver sa « niche »... Ainsi 85 % des manuscrits sont des autobiographies. Ça fait beaucoup de monde pour une toute petite niche surtout si vous n’êtes pas Napoléon, Staline, Hitler ou David Ducruet...

Le wannabe « écrivant » devrait donc soigneusement éviter l’autobiographie. Christine Angot, qui est une fille intelligente s'est faufilée dans un espace libre qui est « l’autofiction ». Le mouvement était génial. Hélas, la place est prise, et brillamment, et seuls les fous se lanceraient dans l’autofiction à la queue de la Reine Christine.

L’écrivant doit se méfier des modes. Ainsi la mode du Thriller ésotérique à la « Da Vinci Code » est en surcharge pondérale. Jetez immédiatement vos manuscrits sur les templiers et autres illuminés.

Si vous étudiez attentivement le monde de la littérature vous découvrirez que chacun trône sur son fief tel un satrape intouchable.

Prenez Sollers, il s’est installé dans la posture du « libertin catholique » porte glaive du siècle des lumières. Il serait suicidaire de vouloir prendre la place de Sollers. De toute façon, a sa mort, les prétendants officiels se massacreront pour prendre son siège doré.

De la même manière il n’y a pas deux places pour le siège de « nouveau philosophe ». Un seul BHL suffit vous ne croyez pas ?

Vous vous rêvez en catholique du futur, et cyberpunk mystago-anarcho de droite. Laissez donc Dantec dans sa niche. Il a assez de mal comme ça a essayer de se faire des ennemis tout en vendant beaucoup de livres.

Un livre sur les nazis ? Stop ! Après « les Bienveillantes » le secteur est en zone interdite pour au moins dix ans...

Le roman révolutionnaire nanochevik ? Désolé...

Que faire ?

L’idée est de trouver un type de roman qui a été abandonné, oublié ou qui n’existe pas encore. L’idée est de trouver sa niche...

Je conseille l’ouvrage de Sarane Alexandrian « soixante sujets de romans au goût du jour et de la nuit » ( Fayard, 2000). Vous pourrez faire votre choix... Je donne là quelques exemples

-Le roman d’espionnage érotico historique

-Le roman délirant

-Le roman horaire unanimiste

-Le roman de rétrospection

-Le roman d’aventure mentale

-Le roman de sport

-Le roman sur rien

Etc...

Il y a bien sûr des centaines de possibilités.

Si j’avais à choisir, le roman de sport me plait bien. La niche a été abandonnée pour une raison inconnue ... Prenez le tour de France par exemple, voilà un sujet extraordinaire avec des trafics de drogues, des laboratoires qui inventent des pseudo EPO et qui transforment les coureurs en surhumains. Les équipes financées par des maffias. Les hackers américains dans les labos d’analyse. La guerre des sponsors. Les coups de putes. Les Bâtons dans les roues. La sexualité d’étapes. Les enquêteurs. Les politiciens. Le peuple ...


Une mine d’or pour celui qui sautera dans la niche.