01 novembre 2006
26 octobre 2006
Il y a autant de Perrotins que d'aiguilles de pins dans les Vosges

Ça doit être la chute de Saigon, le 30 avril 1976 pour être précis. Sauf que nous sommes le 25 octobre 2006 sous le pont Alexandre III et que ce n’est pas dans l’ambassade américaine que nous essayons de rentrer, mais dans la grande soirée de la galerie Perrotin. Une masse compacte, que dis-je, une foule digne de la grande époque du Front Populaire s’acharne sur la brigade katangaise qui garde la porte de l’ambassade Perrotinoise. Ça doit être l’avènement du Cinquième Empire pour générer une ferveur qui ferait peur au pire stalinien. Le plus drôle, c’est qu’ils s’appellent tous Perrotin. Ils sont tous là, une famille nombreuse, clonée, incestueuse, un amas de bébés congelés et décongelés pour la galerie. « C’est moi Perrotin Lucien ! », « c’est moi Gustave, Alphonse, Carmichael... » Ils brandissent tous des cartons d’invitation aussi faux que les papiers de Jean Moulin avec une variété dans le design qui confine au génie. C’est le carton d’invitation personnalisé. Certains secouent sous le nez des Katangais d’immondes photocopies en noir et blanc, d’autres ont des petites choses ridicules au format carte orange. Rien n’arrête les Perotins pour leur grande réunion de famille, brandissez n’importe quoi, c’est la consigne, même les cartes vermeilles de votre grand mère ou une carte d’identité de la république de Freedland feront l’affaire. Même Maurizio Cattelan s’est déguisé en Perrotin. Le grand artiste porte au dessus de sa tête une invitation aussi large qu’un bouclier romain. Il franchit la frontière katangaise sous les applaudissements et les huées. A l’intérieur, les gars du Baron, ces experts de la surpopulation, ont travaillé au confinement extrémiste. C’est l’écrasement des corps, version kamikaze de la hype parigote. On s’échange les haleines, et on glisse culs contre culs, avançant comme des crabes dans un champ de maïs. Je vois passer le sous directeur du moustache club, qui fend la foule comme un brise glace. Il avance, et c’est extraordinaire à voir, d’un pas de gymnastique puissant avec trois nouvelles recrues du club en tenues d’apparat.

Il m’indique en lissant sa moustache, que Pochetronik est dans un coin en train de jouer de la flûte de Pan avec des coupes de champagne. Je m‘avise soudain que nous sommes sous le pont Alexandre III. Ça a un côté Adèle Blanc-Sec revu par Voici. Les clodos ont été expulsés pour laisser place aux vernissages underground. Sachez aussi que le Tsar Alexandre III, Alexandre Alexandrovich Romanov , était loin d’être un démocrate en son temps. (Imaginez un pont Général Pinochet...) C’est à coup de bombes que le groupe « Volonté du Peuple » avait envoyé son père Alexandre II rejoindre le pays des chasses éternelles. Son fils, par conséquent, était dans le genre autocrate, et goulagueux à mort. C’est vrai qu’en France on aime les hommes d’ordre, c’est pour ça qu’on leur donne des ponts. Brassens, lui, a droit à un square à la con, et à une centaine de ronds points Georges Brassens dans toute la France. J’en connais un dans la banlieue de la ville de Laon, demandez-moi et je vous donne l’adresse. Mon barman préféré me balance soudain deux flûtes de champagne. Vu la concurrence, il vaut mieux se faire des amis derrière le bar, et faire assaut de fidélité. Ça évite des perdre son temps en faisant des gestes ridicules pour se faire servir. L’homme au papillon en boutonnière, est assis, rond comme ballon, entre deux luronnes. Je m’approche de lui, en demandant si je peux utiliser le surnom de « papillon ». « Dis-toi, me dit-il depuis son coussinet, « Je ne suis pas venu ici pour entendre des conneries ! » « Tout a fait d’accord, le mieux c’est que tu me balance un pain direct, lui dis-je ». Je m’attendais, j’espérais, une chaude action réaction de virilité pour doper l’ambiance avec du testostérone. « En fait non, dit-il, parce que tu es un pochtron comme moi » ???. Franchement, suis-je venu ici pour entendre des conneries ? Las, les bras m’en tombent. L’homme au papillon revient alors bredouille du bar. « J’ai traité le barman de « catin » et il ne veut plus me servir ». « Tu aurais dû le traiter de faquin en fait ! ». « Ça, c’est pas mal... T’es fort toi !» et le papillon s’est mis à voleter dans la foule à la recherche d’une épaule. Plus loin j'aperçois Franck Knigth qui est venu faire la nique au Tsar Alexandre en faisant sauter les bulles de Piper. Il est temps de rebaptiser ce pont du nom de Jeliabov. Hâtons l’histoire ! Jeliabov n’avait-il pas écrit que « La marche de l’histoire est trop lente. Il faut la pousser un peu. ». C’est à coups d’épaules que je me fraie un passage au milieu des Perrotins, à la recherche de Mimi perdida. Je vois soudain le moustache club traverser la salle à une vitesse vertigineuse. Mais comment font-ils ? J’aperçois alors dans un coin Maurizio Cattelan qui s’entretient secrètement avec Milan de Stop-Talking qui lui remet un post-it. Je retrouve enfin Mimi qui n’est plus perdida, mais du côté de Karina tralala.
Je m’adosse au bar dans la position du nihiliste. Petite rectification, le mot nihiliste à été utilisé par Tourgueniev (Pères et fils-1862) pour désigner les révolutionnaires russes dans un sens bien particulier « Un nihiliste est un homme qui ne s’incline devant aucune autorité, qui n’accepte aucun principe sans examen, quel que soit le respect dont ce principe est entouré ». Petite rectification donc, le nihiliste est un esprit critique bien loin de la figure du nihiliste de supermarché qui lui ne croit en rien. Ainsi, les nihilistes russes croyaient en beaucoup de choses, en Dieu, en Fourrier, au sacrifice, à la libération des serfs... Ainsi, le nihiliste qui ne croit en rien c’est le Tommy Hilfiger de William Gibson. C’est pour cette raison que la violence du nihiliste russe ne naissait pas du rien, ce qui serait stupide, mais de l’impossibilité pour lui de s’exprimer librement. Un nihiliste est donc un homme acculé, un homme dos au mur. C’est la violence libératrice qui apparaît sous forme de manifestes, car tous les manifestes sont des actes violents qui se manifestent par des mots ou des actes. La différence est seulement technique. C'est ainsi que Huey. P. Newton, fondateur du Black Panther Party, expliquait l’origine du logo de son mouvement, qui répond de manière imagée à « qu’est-ce qu’un nihiliste ? » : « Si tu pousses la panthère noire dans un coin, elle va tenter de fuir en passant par la gauche. Si tu la coinces là, elle va vouloir s’échapper par la droite. Et si tu continues à l’oppresser et à la pousser dans ce retranchement, tôt ou tard, cette panthère va sortir de là et va décimer quiconque l’oppressera. »
Dos au mur, ou dos au bar, finalement, ce n’est pas si mal.
20 octobre 2006
William Gibson et Tommy Hilfiger...
William Gibson , ou l'art sublime de casser les marques dans "Pattern recognition" (Identification des Shémas). Son dernier roman n'est rien d'autre qu'une analyse froide de la hype. Toujours en avance le vieux cyberpunk...Voici un extrait savoureux sur Tommy Hilfiger :
"Mon Dieu, mais ils ne savent pas ? Ce truc est un simulacre de simulacre. Un erzatz dilué de Ralph Lauren, déjà reliquat de la gloire passée des Brooks Brothers, eux même tout juste à la hauteur de Jermyn Street et de Savile Row, agrémantant leur prêt-à-porter de maille polo et de galons de régiments. Mais Tommy, c'est vraiment le degré zéro. Le trou noir. Il doit y avoir un plancher Tommy Hilfiger, en dessous duquel on ne peut pas s'éloigner davantage de la source, se vider davantage de sa substance. Du moins elle l'espère, sans savoir. Elle suppose même que c'est exactement ce qui garantit la longévité de la marque."
Ce passage remarquable a le mérite de mettre en valeur le point fondamental du phénomène de la vampirisation et de l' inévitable anémie qui survient. La Hype et l'environnement marketing qui l'accompagne, se nourrie en permanence aux sources de la culture. Mais que reste-t-il du punk, du cyberpunk, de la Beat génération, et des fucking nihilistes quand ils apparaissent sur les pages glacées des magazines de mode pour le lancement d'un sac ? Il ne reste que du Tommy Hilfiger : "le degré zéro. Le trou noir"
Vade Retro ! Est-il possible de revenir en arrière?
Le problème s'était déjà posé aux peintres préraphaelites du XIXe siècle, constitués en société secrète PRB- Pre Raphaelite Brotherhood- Il s'agissait pour eux de "revenir aux sources" comme une nouvelle ramification de la modernité. Quoiqu'il en soit, le mouvement préraphaelite a constitué la base du socialisme révolutionnaire avec William Morris... Lorsque Sonia Rykiel utilise le sigle SR, en rouge sur fond noir comme logo de sa marque, elle joue avec les symboles en espérant que le sigle évoqué- et elle sait très bien d'ou ça vient..;- soit vidé de sa substance- toujours le syndrome Tommy H...- C'est cependant un jeu dangereux que de réveiller les vieux démons... le parti SR, ou socialiste révolutionnaire était un mouvement russe issu de la Narodnaia Volia, "la Volonté du Peuple", spécialisé dans les attentats terroristes contre le gouvernement tsariste. C'est le SR qui renversa finalement le Tsar en 1917, et non les Bolchéviks, dont nul n'ignore plus aujourd'hui, qu'ils prirent le pouvoir par un coup d'Etat hypeusement désigné sous la marque " Grande Révolution d'Octobre".- Sacré Tommy !
PS: Il n'y a aucun point commun entre le parti socialiste révolutionnaire SR, et les partis socialistes modernes.
18 octobre 2006
10 octobre 2006
La singapourrisation et le talibanisme de l’esprit.


Deux spectres hantent l’Europe : La singapourrisation et le talibanisme de l’esprit. Qu’est-ce que la singapourrisation sinon le désir d’une société d’être façonnée sur le modèle d’un aéroport. Un ordre basé sur une régulation optimum des flux sociaux. Une organisation qui régule aussi bien la vente des cravates Hermès, les charters de vieillards, mais aussi le toucher rectal, et les discrètes lignes fantômes en direction de Guantanamo ou le delta du Danube. La singapourrisation est le modèle viral véhiculé par la mondialisation, elle agit comme le prion de la vache folle en passant les frontières et les barrières culturelles. La singapourrisation se comptabilise en indice hamburger, et en transferts de marchandises. Les politiciens de tous les pays rêvent d’un monde organisé selon le modèle d’un aéroport de la dernière génération. Selon le laboratoire de la ville du Lion, c’est-à-dire Singapour, cela est possible moyennant quelques aménagements comme une liberté d’expression limitée à sa plus simple expression. Dans le Disneyland avec la peine de mort, stigmatisé dans les années 1980 par William Gibson dans le magazine Wired, vous ne trouverez à lire ni Rimbaud, ni Lautreamont, ni Houellebecq, ni Dantec. A Singapour, le moindre rayon librairie d’un supermarché français est une officine révolutionnaire. C’est dire. A la différence de la Corée du Nord, qui est un modèle qui ne se diffuse pas, la singapourrisation, dont on ne parle jamais, s’installe par plaque, comme une varicelle géante. Ainsi, certaines villes, ou certains quartiers sont définitivement contaminés : caméras, présence policière chargée de réprimer les comportements « déviants », fichage de la population, nettoyage des zones « dangereuses », fermeture des débits de boissons et des boites de nuit, interdiction de fumer, couvre-feux, assistantes sociales et psychologues faisant offices de nouveaux chevaliers teutoniques. La construction du grand aéroport mondial se fait par expropriation et uniformisation. Un individu, selon le code de l’aviation civile, est un composé de 34 variables officielles, et d’un nombre inconnu de variables officieuses comme l’appartenance ethnique acquise par recoupement de ces 34 variables : nom, couleur des yeux, des cheveux, adresse des parents, etc... Les prochains passeports biométriques vont simplifier le problème, et s’il ne sera fait aucune mention à l’appartenance ethnique, l’ordinateur central, lui, saura très bien reconnaître un chinois ou un arabe. Science fiction ? Non. Singapour expérimente depuis peu une carte d’identité à puce qui signale aux bornes des immeubles quand vous entrez ou sortez. Quand le système sera généralisé dans les taxis, et dans certaines zones sensibles de la ville, les déplacements de la population pourront être simulés à la manière des sims... Alors, que craignez-vous ? La bombe atomique de la Corée du Nord, ou d’être pris pour des souris de laboratoire par des cons... Mais cela ne serait rien si cette mise en coupe concentrique de l’humanité n’était accompagnée d’un second phénomène qui agit au niveau individuel : la talibanisation des esprits. Si à force de tuer les talibans il ne reste qu’un taleb ( au singulier), cela ne nous met cependant pas à l’abri de la philosophie qu’ils ont véhiculée du côté de l’hindou Kouch. Le talibanisme de l’esprit, est cette affection qui touche les individus dans les choses les plus élémentaires de leur vie. Henry James l’avait déjà signalé à propos de la tyrannie domestique, de ce petit esprit pinailleur, hormoné aux bons sentiments et à une petite morale sociale, qui condamne l’écrivain, à n’être que ce que le talibanisme de l’esprit veut qu’il soit. C’est-à-dire rien d’autre qu’un petit vieillard qui transporte ses courses. Nous rencontrons tous les jours ces talibans nés de la singapourrisation de nos sociétés, ils sont dans nos familles, dans nos entreprises, dans nos ministères et dans nos médias, chez les politiciens. Ils forment l’avant garde du Grand Taleb Universel, un dieu suprême née de l’hybridation d’un Confucius et d’un fonctionnaire de Vichy ( l’interdiction de fumer date de cette époque...). Le signe de ce nouveau Dieu est un index levé. Comme le disait Cioran si Jesus avait été empalé à la place de la crucifiction, je ne vous parle pas du signe de croix... Ne cherchez pas, ils pratiquent déjà ce rituel à l’aéroport de Singapour. Le temps que la bombe coréenne arrive sur nos rives, cela fera longtemps que vous serez bien empalés sur les 34 variables de votre identité. Soyons optimistes, comme vous n’aurez de toute façon plus rien à lire et que les soirées de la capitale seront protégées par des contrôles ADN, vous serez bien contents de voir arriver les coréens et leur fat boy ! « Les morts vont vite » dit le poème de Bürger qui initie le Dracula de Bram Stocker. Et s’il n’y a que les morts pour s’opposer aux vivants, c’est que nous sommes déjà morts. Tant mieux.
03 octobre 2006
Jean-François Kahn, Maurice G. Dantec et l'insulte (au singulier)
Jean-François Kahn (J.F.K) invective, éructe, hurle, et le mot tombe, tranchant comme la hache du bourreau sur le cou d’Erich Mühsam... Mais cette fois les rôles sont inversés : « Vous êtes un fasciste ! » assène Jean-François Kahn à l’écrivain Maurice G. Dantec (M.G.D). La scène se passe à la télévision (F.O.G), et M.G.D particulièrement zen, se retient d’une castagne en règle sur la grosse tête du maître de Marianne.
Je me suis penché sur l’histoire de cette insulte infâmante, sachant que les racailles abusent de « l’enculé de ta mère » et autres « NiqueTaMère » alors que les élites des hauts quartiers lui préfèrent ce « fasciste ! » un tantinet plus cultivé, croient-ils... Force me fût de reconnaître que cette insulte était effectivement née à Saint Germain de Prés. Elle y apparaît avec force dès 1968 et le premier à en faire les frais est le Général de Gaulle, et ce, malgré une réelle activité antifasciste du Grand Charles dès 1940. Ceci équivalait à traiter le Pape de Mahométan... Mais la logique n’entre pas en compte dans l’art de l’insulte germano-pratine. Soit dit en passant, le pape(s), quelque soit son numéro de série, n’échappa en rien à l’infâmante classification... Ainsi, depuis les événements de Mai, les 68-tards utilisèrent le qualificatif de « Fasciste ! » envers un nombre incroyable de gens, dont beaucoup d’anciens résistants, ce qui en chagrina beaucoup... La liste de cette cinquième colonne est exhaustive, rappelons seulement qu’en 1980, Hugo Pratt fut traité de « fasciste » dans un petit opuscule, et que l’écrivain Jean-Edern Hallier utilisa abusivement cette insulte contre ses nombreux ennemis, avant d’être lui-même traité de fasciste à l’époque de « l’Idiot International ». Reconnaissons que cette insulte, malgré son petit côté, « je sais de quoi je parle », ne fait référence à aucune tradition historique. Ainsi, les étudiants de 1968, étaient sans doute incapables de savoir que le parti fasciste de Mussolini avait été fondé en 1919. Il est évident, que ni le Général ni M.G.D ne purent faire parti de ces véhémentes chemises noires défilant avec des fez dans Rome ! Il faut aussi rappeler qu’un homme seul peut difficilement être taxé de « fasciste ! » car étymologiquement le mot « faisceaux » (fascii) renvoi à la multiplicité... Si M.G.D avait été cloné ( ce qui serait affreux !) on pourrait éventuellement le traiter de « Bande de fascistes ! ». L’insulte « Fasciste ! » au singulier, n’a donc strictement aucun sens, seul le pluriel est envisageable... Le « fasciste » de J.F.K, s’inscrit donc dans une tradition 68-tarde affirmée qui définit la recomposition du monde en 1968, sa catharsis morale, sociale et politique. Tout ce qui s’éloigne de la ligne de mai, tout ce qui prétend aller chercher quelque chose au delà du mur, peut être traité de « fasciste » au singulier... L’univers de Tarkovski et de Philip K. Dick n’est pas loin... M.G.D a effectivement franchit les limes, tant vers le passé que vers le futur. Crime impardonnable contre le Statu Quo de la fin de l’histoire dont 1968 est le point de départ et sa propre limite. JFK, et c’est son rôle, est le porte parole et le chien de garde de cette utopie fanée et figée dans sa propre glaciation. Dire, comme les punks en leur temps, ou comme M.G.D aujourd’hui, que des héros oubliés, ressurgissent, s’imposent et font vaciller les nouveaux héros, au travers des cris, des écrits et des oeuvres ; le dire donc, est une attaque intolérable envers le mythe de 1968. On peut dire beaucoup de choses sur Dantec, que c’est un punk, un cyberpunk, un pro bosniaque, un anarchiste de droite, un libertarien, un catholique anticlérical à la Léon Bloy, un kabbaliste chrétien, un sioniste, un OTANiste, un onaniste, un junkie et j’en passe et des meilleurs... Mais l’insulte de JFK n’éclaire que JFK lui même, c’est-à-dire le maître de Marianne, et le chef de bande... Non, je ne le dis pas, je refuse de tomber dans les travers de l’Australien, celui qui vous revient dans la gueule... Moi, je préfère le NTM des racailles.
27 septembre 2006
Beaux Arts Atmophériques : la coupe est pleine...

-Mais oui bien sûr monsieur Subnotal, nous vous connaissons. Entrez de votre plein gré. C’est le long couloir à droite, celui qui ressemble à une ruelle de Venise.
-C’est joli cette cour à la fontaine. Dis-je
Subnotal fait un tour sur lui même.
-Le côté flon flon avec les guirlandes d’ampoules colorées, me plaît beaucoup.
Et il se dirige hardiment vers le bar de plein air. Il revient illico les mains vides.
-Le bar est fermé ; dit il, au bord de la crise de nerfs.
-Comment est-ce possible...
Subnotal se gratte la tête.
-Je m’y connais un peu en mécanique des fluides, je crois que c’est pour nous pousser vers la salle de concert.
-Allons-y
Je lui fais remarquer, que dans un coin, un bar sert des boissons joyeuses à l’anis.
Il ne daigne même pas me répondre. L’aurai-je insulté ? C’est vrai qu’a force de sucer la Veuve et d’autres bulles, moins papales, on lève facilement le nez sur le petit picrate des zincs.
Nous gravissons le grand escalier.
-Dépêchons nous...Premier levé, premier servi...
-C’est quand même chic comme endroit, dis-je, ce côté Benoît XVI, ces relents de théologies et de sculptures classiques...
- Ah voila dit-il, Paxti est en train de jouer.
-Ah oui, ce son inimitable.
- Eureka ! Le bar... Deux flûtes de champagne s’il vous plaît.
-Vous avez un bracelet blanc ?
-Un bracelet ! s’exclame Subnotal.
-Oui, nous ne servons que les artistes...
Passons sur l’ombre terrifiante qui s’abat sur la salle.
Flûte !
C’est vrai, on dit « flûte » pas coupe de champagne, pour ces trucs longs et minces... Mais si vous demandez « une flûte de champagne» à un serveur, pendant un instant, il ou elle, vous regarde, comme si vous avez dit « turlutte »... Heureusement, car çe serait gênant, la plupart du temps, ils se raccrochent au deuxième mot : « champagne » qui est une appellation contrôlée bien campée sur ses deux jambes. Croyez bien, cependant, que je préfèrerai dire « coupe de champagne », mais le monde ne semble plus adapté à cette esthétique, comme nous le verrons un peu plus bas... Mais chut ! Ecoutez...
Mais revenons à nos moutons ou plutôt à Jeanne de Valois. Je tiens à préciser pour la galerie que Jeanne de Valois n’est pas ma maîtresse... Comme on à tendance à m’attribuer des conquêtes extraordinaires, je mets les points sur les i. Jeanne est née en 1756. Voyez-vous, ma courte vie n’y suffirait pas. Jeanne de Valois, la dernière des Amazones, n’avait qu’un sein, qui était, dit-on, magnifique, mais de l’épaule droite jusqu’à la ceinture rien, ou plutôt si, un torse glabre de jeune garçon. Et dire que nos mannequins vedettes se trouvent originales... Bon, passons sur les détails de l’affaire du collier de la reine, et remarquons au passage que c’est très certainement dans cette cour que Jeanne de Valois transportait son anguleuse beauté et rencontrait ses amants à l’ombre des statues antiques.. Tiens ! Un homme avec une veste de serpent à la Sailor et Lulla vient de passer devant moi. Et dire que je ne rêve qu’à Jeanne... Jeanne tirée par les cheveux, traînée sur l’échafaud, fustigée, bâillonnée, Jeanne qui se débat tant et si bien que le bourreau manque l’épaule, et la marque infamante du fer rouge à la fleur de Lys, s’incruste sur son unique sein.
C’est Caliostro, l’alchimiste, dit-on, qui a la mort de Jeanne de Valois, transforma le sein de l’Amazone, en une coupe parfaite qui appartint en son temps à Robert de Montesquiou. Si vous passez votre doigt sur le galbe du cristal, vous sentirez la forme et les nervures boursouflées d’une fleur de lys.
Alors, à défaut de goûter au calice, une misérable flûte me suffira ce soir. Et zut.
-Le bar est ouvert, me crie Subnotal.
Flûte !
Hilary Swank dans le rôle de Jeane de Valois (2002)
26 septembre 2006
Scoop : Un Hacker s’empare du trailer ultra secret de 300, le film de Zack Snyder.
Il s’agit d’une adaptation du roman graphique de Franck Miller sur la bataille des Thermopyles ayant opposée 300 guerriers spartiates à l’armée perse. Le trailer volé à ensuite été hébergé à l’insu d’un site web grec, le bien nommé « movies for the masses ». Les premiers à avoir eu vent de ce trailer extraordinaire furent Jonathan Frey et les JoBlo guys, qui citèrent la source... Il n’en fallut pas plus pour que les limiers de la Warner remontent la filière avec une efficacité à faire frémir Ben Laden...En quelques heures les trailers disparaissent de la toile entre le 25 et le 26 septembre 2006 : « VIDEO REMOVED AT WARNER'S REQUEST. ». Une question se pose, pour quelle raison Warner a-t-il retiré ce trailer ? L’ayant vu sur Culture café, je dois dire que j’ai été impressionné par la puissance visuelle, et la violence dégagée par les images... Rappelons au passage que cette oeuvre de Miller est déjà polémique puisqu’elle traite de l’héroïsme comme valeur principale de l’éducation spartiate, qui fut, rappelons le, une organisation sociale et militaire absolument unique dans l’histoire du monde. La vision de Miller est donc effrayante car les 300 héros spartiates sont au delà du concept d’humanité que nous partageons aujourd’hui... Warner a-t-il été effrayé par l'adaptation de Snyder, par l’effet qu'aurait un tel déferlement de violence sur les masses ? Ou est-ce simplement une manière de faire fonctionner le « buzz » ? Dans le dernier cas ce post est de la propagande indirecte, dans le cas contraire, tels des spartiates nanocheviks, crions « Movies for the mass ! », parfumons nos longs cheveux comme les guerriers lacédémoniens et mourrons, lentement...____________________________
Voici le post qui a fait bondir la Warner :
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I have heard tales of how insanely awesome 300 looks but, with no actual footage from the movie to treat my eyes with, just some images and posters, I hitherto couldn't reasonably promote my anticipation for the movie above "I bet that will be pretty cool." Man oh man, do things have a way of moving fast because I just spent three minutes alone with 300, watching its promo trailer, and I am now knocked up. The doctor says it's quintuplets and 300 and I are getting married in March. I mean it, check THIS TRAILER out at Movies for the Masses right now. And do it as quick as you can because there's a good chance it might disappear soon. The Zack Snyder-directed 300 opens March 9th, 2007.
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25 septembre 2006
Barbey d'Aurevilly : "Morbleu, vicomte, je ne comprends pas, vous êtes pourtant treize à table !
21 septembre 2006
Paris en 1915 : Extrait de roman
Voici un extrait du chapitre II du roman " sans titre" sur lequel je suis en train de travailler. Le roman couvre une période allant de 1913 à 1921. Le premier chapitre décrit les combats livrés dans le massif de l'Argonne en 1915, par les Garibaldiens du 4ème Régiment de Marche du 1er Etranger, contre les troupes du Kronprinz. Le second chapitre tente de retracer la vie parisienne de 1915 et principalement le rôle des futuristes en France jusqu'à l'entrée officielle de l'Italie dans la guerre. Le bouillonnement intellectuel et festif de cette époque n'a pas d'équivalent, et vous noterez peut être avec "effroi" comment l'idée de la guerre s'était immiscée dans les esprits les plus brillants de l'époque. Il faut cependant remettre ce sentiment belliqueux dans son contexte car la plupart des artistes comme Cendrars, Apollinaire ou Marinetti, pensaient réellement que la guerre allait déboucher sur une nouvelle société. La première guerre mondiale, vue sous cet angle, est d'abord une terrifiante utopie. On pense bien sûr, aux Pâques sanglantes de 1916 en Irlande, à la révolution russe de 1917, ou aux derniers flibustiers de l'Adriatique.
Ce texte n'étant qu'une première version, un travail au burin, je m'excuse d'avance pour les imperfections du granit.
Je quittais l’hôpital le 10 avril 1915. Ma vue s’était rétablie mais je devais encore souffrir de violents maux de tête. Ma mémoire semblait se reconstituer par morceaux, comme un gigantesque puzzle dont je n’arrivais pas encore à déterminer l’agencement avant l’année 1914. Le Poète m’avait laissé un cahier dans lequel j’avais tenté d’écrire les souvenirs de mes combats de l’Argonne.
§
Lors de mon séjour à Paris, je suis descendu à l’hôtel des Ecoles, rue Delambre dans le quartier de Montparnasse. En me promenant du côté du jardin du Luxembourg, je m’arrêtais devant les petits éventaires des marchands de jouet dont les dais étaient adossés aux grilles. On y proposait toutes sortes de ballons, jeux de volants, cerceaux et cordes à sauter. On y vendait aussi des figurines en bois représentant des soldats belliqueux ainsi que des petits fusils à bouchon qui faisaient fureur en cette première année de guerre. Qui sait encore, de nos jours, que Georges Méliès, le génie français de l’art cinématographique, pauvre et oublié de tous, termina sa vie comme marchand de jouet avec sa femme Jehanne D’Alcy, la première vedette du cinéma ? J’achetais en son souvenir une petite lanterne magique qui projetait une histoire sur la conquête des étoiles.
Après le choc de la bataille de la Marne, la vie parisienne avait repris de plus belle. Les cafés étaient pleins de monde et les cabarets lançaient des revues patriotico-sentimentales dont le héros était le Grand Général, c’est-à-dire Joffre lui-même transformé en personnage d’Offenbach. Les chansons populaires tournant en ridicule les Boches, faisaient fureur dans la capitale française. Les journaux n’étaient pas en reste mais c’est surtout l’Italie qui était à l’honneur avec les gros titres sur les « enfants de Machiavel » accompagnés de cette mystérieuse interrogation « Que fera l’Italie ? ».
Je dérivais alors dans Paris, de cinéma en cinéma, et de café en café, depuis la Closerie des Lilas, fréquentée par des poètes et des écrivains français, jusqu’au Dôme, repaire de la bohème internationale et principalement scandinave de l’Académie Matisse, mais aussi très couru par les peintres de la rue de la Boétie. C’est cependant au Bal Bullier, au 31 boulevard de l’Observatoire, en face de la Closerie, que je retrouvais mes compatriotes italiens et notamment la plupart des futuristes. Garde rapprochée du peintre Severini, les futuristes parisiens portaient des vêtements « simultanéistes anti-neutralistes », principalement des gilets faits de patchworks géométriques et multicolores réalisés par les époux Delaunay. L’endroit était populaire pour ses grisettes et pour son chansonnier qui s’égosillait chaque soir sur son ridicule refrain :
Quand l’Italia va marcher
Avec les alleàata ?...
A la Pacà, ou Trinità,
Pacà, ou Trinità
Les Futuristes tels des dandys voyous, arboraient chacun un « oeil au beurre noir » récolté dans les tournées de théâtre futuriste interventionniste qui se terminaient inévitablement en rixe, considérée comme un moyen de communication très populaire, atechnique-dynamique-simulatané-autonome-irréel. Leur idole était d’ailleurs un boxeur noir américain du nom de Jack Johnson qui dansait le tango sous les arcades à caissons du bal Bullier. Ce formidable boxeur avait fuit son pays pour échapper aux lois sur la prostitution, le Mann Act qui interdisait la libre circulation des prostituées entre deux Etats. Il avait ainsi été condamné à un an de prison pour avoir arraché sa maîtresse blanche d'un bordel et l'avoir épousé. Il avait fuit son pays et était arrivé en France avec une cinquantaine de malles et une volonté féroce de faire la fête sans être inquiété par les lois racistes. « Jack Johnson est le prototype de l’homme moderne, m’affirma Luigi, jeune futuriste qui parlait dans un jargon marinettien : « Jack Johnson est l’homme+mouvement, sans passé, toujours dans le présent. Danser+boxer+danser+boxer. Touten lui n’est que « timing », rythmes, observation, fulgurance du mouvement propice = Kairos. »
J’allais de temps en temps boire des choppes de bière au café du Croissant, rue Montmartre, à deux pas du journal l’Humanité, ce même café ou Jean Jaurès avait été abattu par Raoul Villain le 31 juillet 1914. « C’est la guerre, ils ont tué Jaurès ! » tel avait été le cri du peuple de Paris qui ne s’était pas trompé, ni sur l’avenir, ni sur son désir inavoué : celui de s’affranchir de Jaurès, dernier rempart humaniste. Jaurès mort, le peuple était enfin libre de sombrer dans la barbarie moderne et de partir pour la « Der des der ! », la fleur au fusil, et le couteau de l’égorgeur entre les dents. Le lendemain du coup de révolver fatal, le premier août 1914, le gouvernement ordonnait la mobilisation générale.
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Pendant que les hommes de troupes piétinaient dans la boue des tranchées, les futuristes, boxeurs, peintres et écrivains dansaient frénétiquement au Bal Bullier. Plus rien n’avait d’importance, débarrassé du carcan moraliste de l’ancien monde, hommes et femmes laissaient libre cours à leurs désirs les plus fous. Des inconnues aimaient brièvement des inconnus sous les portes cochères. Les femmes mûres étaient enlacées par des hommes trop jeunes pour mourir. Des jeunes filles, échappant à la vigilance de leurs mères, embrassaient des hommes qui auraient pu être leurs pères. Le champagne coulait à flot. On le buvait jusqu’à la lie. Les futuristes avaient raison, il fallait adorer la vitesse comme une déesse, plonger tête baissée vers le futur et chevaucher la grande machine du monde moderne.
Le jeune caporal Blaise Cendrars, poète et engagé volontaire dans la légion étrangère, se rendait souvent au bal Bullier lors de ses permissions. Lui-même faisait partie des premiers interventionnistes européens et il avait lancé un appel à tous ses amis artistes étrangers dans sa revue « les Hommes Nouveaux »...
« L’heure est grave. Tout homme digne de ce nom doit aujourd’hui agir… ». Apollinaire avait répondu à l'appel. D’origine polonaise par sa mère, et né en Italie de père italien, il avait été élevé à Monaco et en Allemagne. Comme
Cendrars, il désirait devenir un citoyen français. Mais il y avait aussi un sentiment diffus, une sorte de désir non-dit, presque coupable de se confronter à la guerre, une entité monstrueuse qui dépassait l’homme par sa grandiose fureur. Ainsi, l’auteur des Pâques à New York et celui de l’Hérésiarque, se voyaient tels des
Arioste modernes jonglant avec des balles remplies de 50 kilos de mélinite. Sacrifice, suicide, folie, instinct de mort ?
Nous nous doutions cependant que le nationalisme imbécile ne survivrait pas à une seule nuit de canonnade. Si nous ne voulions pas mourir comme de vulgaires poulets patriotiques nous devions déjà penser à l’après-guerre. Demain, les Futuristes italiens iront eux aussi se battre dans les tranchées labyrinthiques de la guerre de position, ils s’envoleront dans leurs aéroplanes et glisseront sur les océans avec leurs navires de guerre. Ils le savent, et ils le désirent, car ces lèvres rouges qu’ils baisent avec envie, n’est qu’un avant-goût du futur. Les futuristes sont plus dangereux que la guerre elle-même, leur arme est la fête, la dérision et la volonté. Il suffira seulement de mélanger les bulles de champagne avec les éclats de grenades pour que le vieux monde explose.
Au milieu de la piste Jack Johnson vient d’étaler un individu d’un unique coup de poing. Il s’empare de la compagne du malheureux et se lance dans une valse électrique en sautant par-dessus le corps inanimé.
- Ça c’est du futurisme, s’exclama Luigi. Dansons sur le passé !
En Italie, la campagne « interventionniste » en faveur d’une entrée en guerre de l’Italie aux côtés de la France, était orchestrée par F .T. Marinetti, le fondateur du mouvement futuriste, qui avait réussi à fédérer dans le même camp, les garibaldiens, les socialistes, et les anarcho-syndicalistes. Il s'était lancé à corps perdu dans les batailles futuristes, se lançant à l'assaut des conservatoires de musique, ou en envahissant l'université de Bologne pour donner des cours de futurisme. Après quatre jours de fronde estudiantine, le gouvernement conservateur faisait arrêter Marinetti afin de briser le mouvement interventionniste. Pourtant, de jour en jour, la contestation prenait de l’ampleur et faisait vaciller les certitudes de neutralité du gouvernement de Nitti. F.T Marinetti avait ainsi collaboré avec la revue syndicaliste Demolizione, d’inspiration extrémiste de gauche et sorélienne, afin de s’adresser directement à la classe ouvrière en donnant des conférences à la Bourse du Travail de Naples, ou au Cercle socialiste de Milan. La violence était ainsi considérée par une grande partie de la gauche italienne comme une force de progrès qui trouvait son application dans le slogan futuriste de « la gifle et le coup de poing », prémices d’une véritable révolution sociale. Marinetti publia ensuite le manifeste « Nos ennemis communs » ou il envisageait l’union des artistes, prolétaires de la culture, avec le prolétariat du travail. Les ennemis de classe était désignés et il fallait désormais s’attaquer aux racines du passéisme tels que le « cléricalisme, affairisme, moralisme, académisme, pédantisme, pacifisme et médiocrisme ». Ainsi, pour les futuristes, la guerre était vue comme la mise au point sanglante et nécessaire de la force d’un peuple. Cette guerre devait être le coup de grâce de l’ancien régime. C'était un pari risqué et désespéré qui explique en partie la fougue et le désir festif de tous ces jeunes artistes et intellectuels dont beaucoup pressentaient qu'ils n'en reviendraient jamais vivants.
La France était le champ de bataille des interventionnistes italiens qui y organisaient des soirées futuristes dans des théâtres ou le public était aimablement convié à répondre aux arguments et provocations des conférenciers par l’insulte et la violence. Les futuristes chantaient l’amour de la machine, de la vitesse, du danger, la lutte, la révolte et l’audace, la guerre, "le geste destructeur des anarchistes, les belles idées qui tuent, et le mépris de la femme ».
J’assistais un soir à une représentation de théâtre synthétique.
Les invectives fusaient dans la salle.
-Le mépris de la femme ? C’est bien la seule chose que j’aime chez vous ! répondit un opposant.
-Détrompe-toi bourgeois, c’est le mépris de TA femme que nous chantons. La femme molle. Le sentimentalisme à l’Allemande. Le romantisme de théâtre. Le clair de Lune sur tes histoires de grenouilles de bénitiers.
-Mort au clair de Lune ! Le cri s’éleva depuis un groupe de jeunes anarchistes.
-Vive la femme Futuriste ! criait Valentine de Saint Point affublée d'un gigantesque chapeau et accompagnée de suffragettes.
Ils s’attaquaient ainsi à la morale bourgeoise et aux bons sentiments tout en poussant la provocation jusqu’à prôner la destruction des musées et des bibliothèques.
Dans les travées la foule hurlait sa rage, et insultait les conférenciers. Une pluie de projectiles composée de tomates pourries tombait sur les futuristes, qui les évitaient par bonds successifs.
-Nous nous entraînons à éviter les grenades hurla Luigi.
Imperturbable, vêtu d’un frac, F.T. Marinetti, moustache en avant comme deux paratonnerres, s’avançait avec audace au-devant de la mitraille en récitant un poème, levant un doigt inquisiteur vers la foule. Pendant que Marinetti déclamait ses mots en liberté, j'ai ressenti comme la présence d'un aéroplane invisible qui survolait l'assemblée dans un bruit d'hélice et de rafales de vents. Les peintures futuristes placées sur des grands tréteaux servaient de redoutes à de jeunes futuristes qui renvoyaient les projectiles sur le public. Un homme pris de fureur se jeta sur un spectateur pour lui enlever ses chaussures. Le fou furieux lança une bottine qui frappa un futuriste en plein visage. L’homme s’écroula dans une mare de sang. Ce fût le signal de la bataille et la moitié de la salle composée de sympathisants se lança à l’attaque, tandis qu’un groupe de musiciens avec des cuivres et des percussions, inondait la salle d’une musique assourdissante. Les futuristes descendaient dans l'orchestre pour en venir aux mains. La boxe futuriste faisait toujours partie du spectacle. Marinetti était un véritable virtuose de l'esquive et de la volte. Il tournait sur lui même comme un matador en frac, un bras levé, esquivant les solides horions qui tombaient lamentablement dans le vide. Mais lorsqu'il se fendait comme à l'escrime, il touchait dans le mille, dans le nez ou l'estomac. Ses estocades étaient souvent décisives car il frappait dur, comme un piston d'acier. Lorsque la police pénétra dans le théâtre, ce fût un sauve qui peut général vers les cabarets les plus proches ou les valeureux pugilistes pouvaient se soûler sans compter jusqu'au petit matin.
Par ordre officieux du Tigre, chef du gouvernement français et anarchiste dans sa jeunesse, les futuristes étaient tolérés en France pour leurs positions en faveur de la guerre et la police intervenait toujours mollement pour réprimer les rixes et les désordres potaches de ces étranges trublions.
Le Poète, exilé à Arcachon, avait lui aussi rejoint le parti de la guerre. Par ses articles publiés dans de nombreux journaux, il évoquait la guerre comme une épreuve de la civilisation, un acte à la fois héroïque et mystique pour retrouver la noblesse antique. Il s’en prenait à ces vieillards fourbes et ineptes, qui gouvernaient l’Italie, depuis un commissariat et une épicerie de village. À la fois contradictoires et complémentaires, les visions prophétiques du Poète et celle de Marinetti, s’unissaient dans un désir d’action et de changement.
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Le 3 mai 1915, je prenais le train pour Rome avec le Poète, accompagné de Peppino et Riccioti Garibaldi. Le 5 mai, nous étions à Gène pour l’inauguration du monument de Quarto ou le Poète en costume beige, monté sur un banc prononça son Orazione per la sagra dei Mille, devant un parterre estival de monsieurs élégants, têtes nues et canotiers à la main.
- Oui je sais Cellini, tout ceci est une farce, me dit le Poète en aparté, il n’y aura pas deux mille chemises rouges débarquant dans le port pour déclancher une révolution et marcher sur Rome... Cela n’a plus de sens de toute façon car le gouvernement italien à signé un pacte secret à Londres le 26 avril dernier pour l’entrée en guerre de l’Italie. Les interventionnistes ont gagné. La guerre nous attend ! Regardez la majestueuse chaîne des Alpes Cellini, voici notre nouveau champs de bataille. N’est-ce pas magnifique ?
18 septembre 2006
ManifesTH de THTH : Portrait synthétique et biomécanique
Sans avoir besoin d’une autre arène qu’une petite salle, sans le rituel verre d’eau des conférenciers, mais arborant un nounours et une bouteille de vodka. A moitié debout, les bras écartés étreignant une table à la manière d’un lutteur de Sumo, au milieu d’une foule agglutinée dans la sueur et les angles, THTH haranguait. L’espace de sa chaire semblait vide, mais pourtant rempli des hétéronymes Balasky & Co, et d’autres sombres héros nyctalopes. Les mouches volaient, elles avaient pour nom Platon, ou Nietzsche. THTH les écrasera sur la table d’un revers de main sans lever les yeux. Un feu couve sous le sombre crâne qui ressemble à cet instant aux cagoules de la loge Hermès des fables de Venise. C’est un feu au delà de la métaphore, le visage n’est plus que la bouche fumante d’un Volcan. Là bas, dans la joyeuse Pompéi nous entendons les flonflons de la Hype. Anus Mundi. Le sang est trop rouge, trop abondant comme une lave voulant toucher le Soleil pour le faire choir, telle une ridicule lampe verte. Les mots volent en liberté comme une nuée d’engoulevents, croassent et sifflent leurs imprécations. La parole jaillit, fuse comme une explosion de mitraille, lançant mille défis à la face du monde. Les mains de THTH étreignent la table comme s’il voulait la briser, son dos se cambre sous le triple effet des endorphines, de l’adrénaline, et de l’absinthe métaphysique. Les roches ardentes retombent sur la foule apeurée. Un oiseau noir s’envole. La terre se fend. C’est la fin. Le visage crispé d’un chaman épuisé, il cherche un coin pour échapper à l’exultation. Il n’y a pas d’échappatoire, les barreaux de la réalité se referment mais l’espace d’un instant, les portes du devenir se sont entrouvertes, laissant échapper dans l’univers une nuée ardente roulant vers Pompéi. Tel l’Etudiant de Salamanca, THTH disparaît alors dans l’ombre d’une ruelle.
Era más de media noche,
antiguas historias cuentan,
Cuando en sueño y en silencio
lóbrego envuelta la tierra,
los vivos muertos parecen,
los muertos la tumba dejan.
L’impasse des pavanes aux mille soupirs ou tout se fini pour que tout recommence sur la cendre des villes.








